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    Jeudi 14 août 2008

     

     



    Pour l'Europe des peuples

     

     
    inv

    Interview de Jean-Michel Vernochet (publiée sur http://www.toutsaufsarkozy.com), coordinateur de Manifeste pour l'Europe des peuples, ouvrage collectif.


    R&A - Considérant les dérives de l’actuelle Union Européenne certains auteurs qui s’expriment dans « Le Manifeste », proposent d’en revenir au texte fondateur du Traité de Rome signé en 1957. Pourtant, la relecture des Pères fondateurs pourrait laisser penser que, dès le départ, les dés étaient pipés ?


    JMV - Toute la construction européenne s’est faite autour d’un non-dit. Malentendu pour les uns, arrière-pensée pour les autres. Il est clair que la construction a été lancée sur un a-priori implicite : la destruction des États nations. L’idée même de nation étant devenue odieuse aux nouvelles classes dirigeantes dans un monde occidental dominé, au lendemain de la guerre, par un modèle démocratique à prétentions universalistes, exporté par l’Amérique. La nation est depuis accusée de tous les maux, la responsabilité de toutes les guerres passées, présentes ou futures. Cela était évidemment mensonger, mais le propre des idéologiques dogmatiques n’est-il pas qu'elles soient admises et imposées comme Vulgate, sans le moindre examen critique. Intelligentsia et politiques réunis ont tous communié dans la volonté de détruire l’idée même de communauté nationale. Notion toujours méprisable lorsqu’il s’agissait des peuples de la vieille Europe, mais exaltée lorsqu’il s’agissait de soutenir les mouvements exotiques de libération nationale. Attitude schizophrénique, mais en surface seulement puisque la logique inavouée était une guerre sans limites contre la souveraineté des anciennes nations appelées à se satelliser puis se fondre dans l’espace marchand et sécuritaire euratlantique.
    Loin de s’affaiblir avec le temps cette haine de l’État national (c’est-à-dire incarnant une communauté et une continuité de destin historique, ethnoculturel), s’est exacerbée jusqu’ à produire une guerre de sept ans en Europe même avec pour but le démantèlement de la Fédération yougoslave. Processus non encore achevé malgré l’épuration ethnique qui a frappé les Serbes dans leur foyer historique du Kossovo et qui pourrait nous réserver des surprises tant la poudrière balkanique mérite bien son nom !
    Notons que cette guerre intra-européenne, la première depuis septembre 1939, se déclenche alors que la construction communautaire a pris un tournant décisif avec la signature du Trait de Maëstricht le 7 février 1992, intervenu alors que le processus de désintégration de la Yougoslavie vient de commencer avec la sécession, soutenue par l’Allemagne, de la Slovénie le 25 juin 1991. Cette guerre européenne n’a en fait été rendue possible que par la signature le 17 février 1986 de l’Acte unique européen qui, en matière de sécurité collective, associait le destin de l’Union de l’Europe occidentale à celui de l’Otan qui portera au printemps 1999 le coup de grâce à la Fédération yougoslave au cours de deux mois de bombardements intensifs notamment sur des objectifs civils, soit autant de crimes de guerre.
    Les guerres balkaniques ont ainsi révélé la vraie nature de l’Union européenne dans sa vocation à servir les objectifs politiques et militaires de la puissance atlantique au cœur même de l’Europe. Pour mémoire, je rappellerais en raccourci que le Kossovo abrite aujourd’hui la plus grande base américaine à l’Ouest du continent, que d’autres sont en cours d’aménagement chez les derniers arrivants, Roumanie et Bulgarie ; que la Pologne, supplétif des anglo-américains en Irak (où à contre sens du mouvement général de désengagement, renforce son contingent à l’heure de la débâcle !), va installer des batteries de missiles anti-missiles qui n’ont évidemment pas vocation à bloquer d’éventuelles frappes iraniennes, mais bien à contenir, au sens d’encercler, une Russie qui poursuit son effort de reconstruction nationale. Je rappelle enfin, que la guerre du Kossovo a été conduite par les Européens sous la houlette du Grand frère - Big Brother – américain, hors de toute légalité internationale, c’est-à-dire sans l’aval du Conseil de Sécurité, mais sous la bannière du Pacte atlantique !



    Plusieurs États, membres de l’Union ce sont aujourd’hui associés aux Etats-Unis dans leur guerre d’agression contre d’autres États souverains, en Irak, par exemple, l’un de ce derniers verrous de souveraineté qui bloquent l’intégration des peuples au sein d’un vaste espace de pillage économique – ce que d’aucun nomment le marché global – au profit de minorités oligarchiques, lesquelles ont théorisés la concentration des pouvoirs d’argent entre leur main au nom d’une prétendue liberté : celle du renard libre dans le poulailler libre ; étant entendu que les volailles s’interdisent de battre des ailes pour échapper à leur sort. À ce titre, les peuples ne sont plus aujourd’hui, à mes yeux, que du bétail taillable et corvéable à merci au seul profit des prophètes d’un ultralibéralisme dont la seule foi et la seule loi, tiennent dans la concentration sans limites de puissance entre leurs mains, celle d’une poignée d’élus régnant sur l’univers.


    R&A - Pourtant un argument souvent martelé est que, malgré ses imperfections, la grande réussite de l’Europe c’est la paix ?


    JMV – Plus c’est énorme et mieux ça marche. Plus le mensonge est phénoménal et plus il devient incontestable. D’ailleurs qui peut répondre, et où, et comment ? La grande presse est aux mains d’analphabètes recrutés spécifiquement pour leur ignardise et leur absence de jugement personnel, qui tournent très vite menteurs professionnels parce qu’enfin, ils ont quand même des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. L’exemple des guerres balkaniques est exemplaire et l’affaire n’est pas terminée ; après la Yougoslavie, une fois le Kossovo indépendant, ce sera au tour de la Macédoine. Pendant ce temps l’on nous serine « l’Europe, c’est la paix ». Du pur Orwell. Je signale au passage que pour constituer la Légion arabe qui participa à la guerre de Bosnie sous les auspices de la CIA, Oussama Ben Laden bénéficia d’un passeport diplomatique bosniaque qui lui fut remis à Vienne ! Cela en dit long sur les dimensions cachées des conflits d’Europe orientale et des manipulations qui les accompagnent…
    Pour ne pas conclure sur ce chapitre, je note que l’Union participe aux côtés des É-U à sa Guerre sans limites contre l’aire civilisationnelle islamique : n’est-ce pas l’Otan qui conduit les opérations sur le théâtre afghan ? L’Otan, jusqu’à plus ample informé, c’est essentiellement l’Europe. De jeunes européens font donc actuellement la guerre au profit des oligarques et des néo-conservateurs américains. Double conclusion : l’Europe américaine sous tutelle de l’Otan, c’est la guerre ; les politiques et leurs sbires médiatiques nous prennent pour des imbéciles.


    R&A – Dans le domaine économique, l’idéologie officielle de l’Union est celle du libre-échangisme intégral. Cela nous a-t-il finalement permis de créer un espace de coprospérité viable ?


    JMV - Évidemment non. La liberté des échanges, des personnes, des biens, des idées fonctionne, la plupart du temps, à sens unique. En ce qui concerne les personnes essayez donc d’immigrer illégalement n’importe où dans le monde, vous m’en direz des nouvelles. Il n’y a que dans l’Espace Schengen où l’on puisse entrer comme dans un moulin, s’installer et faire prévaloir des droits exorbitants du sens commun. Quant aux É-U, la Chine, l’Inde, ils protègent jalousement leurs frontières et ces superpuissances ne se privent pas de recourir à des mesures protectionnistes que nous nous interdisons au motif de respecter un carcan de règles infernales qui dévastent nos économies les transformant littéralement en friches industrielles sous l’effet du tsunami des délocalisations vers les pays sans coûts sociaux. La dérégulation générale de l’économie, et ce n’est là qu’un paradoxe apparent, s’accompagne en outre d’une division internationale du travail voulue par les sorciers planétaristes qui décident de nos destinées dans les enceintes du le G8, de l’Otan, de l’OMC. En fait de co-prospérité, l’élargissement démentiel de l’Union à l’Est, tire nos économies vers le bas, nous appauvrit, stérilise nos énergies. Et parce que les nouveaux entrants sont étroitement inféodés aux É-U - à l’Est Washington ne se gêne pas de pratiquer une politique clientéliste avec ses nouvelles démocraties bananières - l’Union élargie à vingt-sept constitue à l’évidence un vrai danger dans l’actuelle conjoncture de guerre. Je veux parler du conflit qui peut intervenir à tout instant contre l’Iran.


    R&A - Le protectionnisme ne serait-il pas un choix économique suicidaire pour l’Europe ?


    JMV – C’est ce que l’on a voulu nous faire croire pendant des décennies. Cela fait partie de l’arsenal ordinaire du terrorisme intellectuel. Il n’y a pas que les hommes qui soient diabolisés, les idées aussi. Cela permet d’interdire des champs sémantiques essentiels à la compréhension du monde et sans lesquels il ne saurait y avoir de liberté de pensée et d’action. Ce ne sont pas seulement des mots qui sont retranchés du vocabulaire, mais des idées qui sont interdites : s’il vous manque des pièces dans le mécano vous permettant de construire une vision cohérente du monde, vous construisez autrement, de façon bancale, incomplète, faussée.
    L’interdit qui frappe certains mots dans cette Novlangue, tels ceux de nation, d’identité – on vient de le voir dans la campagne des présidentielles – ou son corollaire ethnicité, rend impossible de penser la réalité et par conséquent canalise l’action à sens unique. Nous sommes peu à peu enfermés dans des labyrinthes sémantiques qui cassent la logique du vivant – comme dans les nouveaux plans de circulation de la Capitale - et interdisent l’action ; nous sommes prisonnier d’une matrice logique qui nous coupe du réel comme l’avait imaginé George Orwell. De façon générale, le protectionnisme linguistique est essentiel à notre survie en tant que peuple. Nous devons œuvrer contre toutes les tendances à la déstructuration linguistique, tous les abâtardissements anglomaniaques ou créolisant.
    Il est clair qu’en matière économique, un certain protectionnisme relève du plus élémentaire bon sens, notamment dans les secteurs où nous devons en aucun cas ne pas dépendre des importations. L’agriculture en est un parmi d’autres : l’éventualité très présente de crises internationales engendrant une rupture des approvisionnements extérieurs, crée une insupportable dépendance. Idem pour l’énergie, ceux qui prônent l’abandon du nucléaire sont, au mieux, des imbéciles.


    R&A - Douze millions de paysans sont portés manquants en Europe, les mines, la sidérurgie, le textile ont presque disparu, maintenant les secteurs de haute technologie comme Airbus, paraissent menacés. Quel doit être notre destin dans un monde dominé par la grande finance apatride ?


    JMV – Ne plus avoir de destin du tout puisque nous n’existerons plus en tant que peuple doué d’une conscience et d’un imaginaire collectif. Les champs de ruines industriels, mille ans de terroirs effacés par l’agrobusiness, la mémoire effacée des paysages et les jeunes cervelles lessivées par le système de formatage idéologique qui se nomme par antiphrase « Éducation nationale », la déculturation et la zombification universelle, seront notre destin. Celui d’un bétail humain producteur et consommateur et, le cas échéant, chair à canon destinée à l’abattoir dans des guerres perpétuelles opposant le Nord au Sud, l’Ouest à l’Est. Notre destin se situe quelque part entre la matrice des frères Wachowski et « 1984 ».
    Je précise que cette façon de voir n’est pas outrancièrement pessimiste ; nous y sommes déjà et la meilleure preuve en est que nous n’en avons que peu ou pas conscience du tout ! Nous ne décidons plus de rien, nous le peuple réputé souverain, car ladite démocratie est depuis longtemps totalitaire à bas-bruit, tout est prohibé et les rares choses autorisées le sont très explicitement (et non le contraire comme l’avait bien noté Coluche). Nous sommes caporalisés, enfermés dans un monde de sens unique, de panneaux d’interdiction, suspects de naissance... N’êtes-vous pas d’accord ?


    R&A - Plusieurs contributeurs au « Manifeste » se rattachent à la mouvance souverainiste. Si nous partageons avec eux la conscience aiguë du danger lié à une construction européenne supranationale, a contrario, le refus de l’Europe ne constitue-t-il pas un autre danger ? Celui d’un repli sur le bastion national menacé de n’être plus à terme qu’un ghetto hexagonal ? L’espace géopolitique européen n’est-il pas notre dernière chance ?


    JMV – Cela ne se discute pas. Face aux « empires » émergents d’Asie et la surpuissance de la thalassocratie anglo-américaine, notre seule issue est dans la construction d’une Europe-puissance où chacun conservera ses atouts. À nous d’inventer un modèle qui saura associer les prérogatives de la souveraineté avec le jeu coordonné de l’ensemble. Il est clair que certains États auront une voix prépondérante ; la France, l’Allemagne, ou les deux réunis, si la convergence de vue et d’intérêt est atteinte. Pour tout orchestre, il faut un conducteur, le reste est bavardage. De toute façon, seuls, nous ne faisons pas le poids, surtout en traînant le fardeau des droits de l’homme et d’une dette pharamineuse… Quant aux dits souverainistes, permettez-moi de douter de la pureté de leurs intentions : n’ont-ils pas épousé la rhétorique mortelle du Choc des civilisations dont la traduction ici sera la guerre civile ? N’étant pas totalement des sots, j’imagine que leur conception de la souveraineté n’est pas du tout en rupture avec l’atlantisme ; la seule ligne de clivage politique ayant un sens - à présent que droite et gauche sont mortes ou quasiment - est entre indépendance ou satellisation. Les avez-vous entendu dénoncer l’Otan ? Non ? Bon alors !


    R&A - Qu’est-ce que l’Europe ?


    JMV – Vaste question. L’Europe des peuples préexiste à son concept. La réalité précède l’idée et le mot. L’Europe est une réalité née de l’histoire. Elle existe parce que tous autant que nous sommes, sortons d’une matrice ethno-culturelle commune. Il a les négateurs de l’Europe réelle, ceux qui effacent délibérément les origines et font la guerre à notre mémoire collective ; ceux qui voudraient exclusivement des Européens de papier selon ce qu’ils appellent des critères de convergence. À ce titre, n’importe qui peut se déclarer européen s’il remplit le cahier des charges établi par les eurocrates. Évidemment, il faut d’urgence revenir à la réalité, sortir du rêve éveillé et rebâtir un monde pour des hommes de chair et d’os. L’utopie européiste, meurtrière comme toutes les utopies, nous conduit droit au chaos économique et social. À nous de changer ce funeste destin. À nous de retrouver les chemins de la liberté.


    R&A : Le « Manifeste » appelle à une refondation du projet européen comme préalable à renaissance des peuples. Comment vous situez vous idéologiquement par rapport à la ligne de notre revue ouvertement identitaire, grande européenne et révolutionnaire ?

    JMV - Rien de ce qui est humain, et particulièrement français et européen, ne m’est étranger. La France est ma terre natale, l’espace culturel et linguistique qui a façonné ma personnalité et modelé ma façon de penser, d’être au monde. Nous faisons corps avec la terre nous vivons. Peut-être peut-on aller jusqu’à dire que nous sommes imprégnés ou possédés par l’esprit de la terre où nous vivons. Toujours est-il que, si aujourd’hui nous ne réagissons pas, nous sommes des condamnés à mort. Mort économique, culturelle, nous disparaissons en tant que peuple porteur d’une haute culture ; nous nous fondons dans un magma humain aux couleurs de la world culture, autrement dit le néant culturel.
    Certains ont pu parler encore dans un passé récent de la mission spirituelle de la France, sans aller jusque-là, disons que nous avons un devoir de survie ; or nous ne survivons que dans et par nos enfants dans la mesure où ils nous ressemblent ; ceci suppose la préservation du terreau où ils poussent, c’est-à-dire le support existentiel, territoire matériel, géographique, qui est aussi espace spirituel et culturel. Nous avons également un devoir de fidélité à l’égard de nos aïeux, de nos ancêtres qui ont tant sacrifié, souffert et espéré pour bâtir cette France qui est nôtre d’héritage et de droit ; une entité physique réelle, charnelle, organique et pas seulement une idée pouvant être frappée d’obsolescence. Ne varietur. Cette conscience et cette volonté d’être nous-même, de transmettre ce que nous avons reçu à ceux qui viennent et qui sont nos fils, qui donc, par filiation sont porteurs et vecteurs des destinées anciennes, cela est notre droit et notre devoir.
    Si revenir au réel est une attitude révolutionnaire et bien oui, je me déclare comme tel. Je milite pour la révolution du vivant contre les idéologies de mort qui vouent les hommes et les cultures au suicide collectif. Seul l’homme enraciné peut prétendre à l’universalité. Il faut être pleinement soi-même, inscrit dans une lignée cohérente, venant du passé pour aller vers l’avenir. La seule façon d’être humain est d’être pleinement soi-même, conscient et libre de ses choix. La société que nous devons bâtir devra permettre cette assomption de l’homme. Dans le cas contraire, elle est son pire ennemi.

    http://alainindependant.canalblog.com/archives/2008/01/20/7632909.html


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    Jeudi 14 août 2008




    Sionisme
    et antisémitisme

     

    Nous vivons en pleine confusion. Juif, cela désigne des peuples qui ont une communauté de destin liée à la religion. Sioniste c’est une idéologie. Israélien, c’est une nationalité. Et israélite, c’est le nom (napoléonien) donné à la religion juive. À cause de ces confusions, le peuple palestinien paie depuis des décennies pour un crime qu’il n’a pas commis : l’antisémitisme et le génocide Nazi. À cause de ces confusions, l’Etat d’Israël bénéficie d’une impunité totale malgré des violations incessantes du droit international. À cause de ces confusions, toute critique de la politique israélienne est instantanément qualifiée d’antisémite. Si elle émane de citoyens juifs, ceux-ci sont aussitôt qualifiés de traîtres ayant la haine de soi. Enfin, à cause de ces confusions, une nouvelle forme d’antisémitisme (ré)apparaît qui attribue à tous les Juifs les crimes commis par l’Etat Israélien. Bien sûr, il n’est pas facile de distinguer juif, sioniste et israélien : l’Etat d’Israël se définit comme « juif ». On parle de colonies juives, pas de colonies israéliennes. La distinction est pourtant indispensable.

    Une histoire fantasmée

    Pour les sionistes, les Juifs ont des droits imprescriptibles sur « la terre de leurs ancêtres ». Ils en ont été chassés il y a deux mille ans, ils ont connu « l’exil », et grâce au sionisme, ils ont fait leur « montée » (Alya) vers Israël et ont pu reconstituer enfin le royaume unifié de David et Salomon. Pour les sionistes même non-croyants, la prière « l’an prochain à Jérusalem » justifie la nécessité d’un Etat Juif en Palestine. Les sionistes sont allés chercher dans la Bible tous les épisodes pouvant justifier les conquêtes et le nettoyage ethnique aujourd’hui à l’œuvre. Pour les sionistes, la « centralité » d’Israël n’est pas discutable et la Diaspora (dispersion) n’est qu’une malencontreuse parenthèse. Tout a été fait pour en effacer la trace. Les langues de la Diaspora (judéo-arabe, ladino, yiddish) ont disparu au profit d’une « résurrection » de l’Hébreu. Les valeurs et la culture des diasporas ont été gommées au profit d’un « homo judaicus » nouveau, militariste, chauvin et « défrichant sa terre » pour « transformer le désert en jardin ». Pour les sionistes, la Diaspora a été une suite ininterrompue de persécutions et de catastrophes à l’image du livre d’André Schwartz-Bart (« le Dernier des Justes ») qui commence au Moyen-Âge avec le pogrom d’York et se termine à Auschwitz. Pour les sionistes, l’antisémitisme est inéluctable, il est omniprésent et il est inutile d’essayer de le combattre. Autrement dit, les Juifs ne peuvent vivre qu’entre eux et ne peuvent compter que sur eux-mêmes, d’où le projet fou (et criminel) de faire venir tous les Juifs du monde entier en Israël. Donc pour les sionistes, la fin justifie les moyens et cela explique leur stratégie permanente : le fait accompli et la fuite en avant. Les sionistes ont mythifié l’épisode de Massada où des Zélotes révoltés contre l’empire romain ont préféré le suicide collectif à la soumission. Le complexe de Massada repose sur la peur permanente de l’anéantissement. Les Israéliens ont peur. Pour eux, tout recul signifie « les Juifs à la mer ». Ils ont peur de ne plus avoir peur, ce qui les obligerait à réfléchir sur le sens et l’avenir du projet colonial qu’ils ont mis en place depuis plus d’un siècle. De façon symbolique, à la sortie du musée de Yad Vashem à Jérusalem consacré au génocide Nazi, il y a un monument célébrant la fondation d’Israël.

    Le tour est joué : Israël serait LA réponse à l’antisémitisme et son issue naturelle. Dans cette optique, il est logique que les sionistes n’aient jamais vraiment admis l’existence du peuple Palestinien. Pour un des premiers sionistes, Israël Zangwill, il fallait trouver une « terre sans peuple pour un peuple sans terre » et les sionistes ont décidé que ce serait la Palestine.

    L’histoire enseignée en Israël parle d’une présence juive massive ininterrompue en Palestine. Elle parle de pogrom à propos de la révolte palestinienne de 1936 contre le colonialisme sioniste. Plus près de nous, les dirigeants israéliens ont qualifié Arafat de « nouvel Hitler » et Ariel Sharon, lors du 60e anniversaire de la libération d’Auschwitz, a justifié le bouclage de la Palestine et les assassinats ciblés au nom de l’extermination. Bref, le fantôme du génocide sert de bouclier et de prétexte pour associer les Palestiniens aux Nazis et justifier ainsi la destruction de la société Palestinienne. Pour les sionistes, les Juifs du monde arabe ont été persécutés et les Ashkénazes les ont sauvés en les faisant « monter » vers Israël. Les sionistes ont gommé les différences idéologiques. De gauche comme de droite, tous propagent la même fable sur l’histoire du judaïsme, oubliant même de dire qu’une bonne partie des victimes du génocide n’avaient rien à voir avec leur idéologie et étaient souvent non-croyants. Pour les sionistes, les Juifs ont été, sont et seront des victimes. Du coup, ils sont totalement insensibles à la douleur de l’autre ou à son vécu.

    Démystifier

    Beaucoup de crimes sont régulièrement commis au moyen d’une manipulation de l’histoire, de la mémoire et de l’identité. La guerre du Proche-orient ne fait pas exception.

    Ce sont des Israéliens principalement qui ont fait le travail de démystification du sionisme.

    Commençons par l’archéologie (*). Elle infirme totalement la lecture littérale de la Bible sur laquelle même des athées comme Ben Gourion s’étaient appuyés. Elle montre que dans l’Antiquité (la Bible l’évoque aussi), la Palestine a toujours été habitée par des peuples distincts : Hébreux bien sûr mais aussi Iduméens, Moabites, Philistins, Cananéens ... Les Hébreux sont un peuple autochtone et les épisodes de l’arrivée de Mésopotamie (Abraham) ou de l’exil en Egypte (Moïse) sont légendaires. On ne trouve aucune trace de la conquête sanglante de Canaan par Josué et même le royaume unifié de David et Salomon n’a sans doute pas existé comme le dit le récit biblique : à l’époque, Jérusalem n’était qu’un village. Donc la reconstitution d’une patrie ancienne antérieure à l’exil est largement fantasmée : les royaumes d’Israël et de Juda ont probablement toujours été des entités distinctes. Les mots d’ordre régulièrement répétés par les colons religieux du Gush Emonim (le Bloc de la foi) affirmant que Dieu a donné la Judée-Samarie au peuple Juif ne reposent sur rien et ils sont d’ailleurs totalement réfutés par d’autres courants religieux.

    Y a-t-il eu exil ? Si l’on en croit plusieurs historiens dont Shlomo Sand qui le dit clairement, au moment de la destruction du 2e temple par les troupes de Titus (70 ap JC), seule une minorité d’habitants est partie, en particulier les rabbins. À cette époque, la dispersion a déjà commencé et il y a déjà des Juifs à Babylone, à Alexandrie ou en Afrique du Nord. Les Palestiniens d’aujourd’hui qui sont un peuple autochtone seraient donc essentiellement les descendants de ceux qui sont restés (dont beaucoup de Juifs romanisés). Alors d’où viennent les Juifs ? Pendant les premiers siècles de l’ère chrétienne, la religion juive est prosélyte. C’est la religion qui s’est dispersée, pas les hommes. Des Berbères, des Espagnols, des Grecs, des Romains, des Germains se convertissent au judaïsme. Plus tard, des Khazars, peuple d’origine turque entre Caspienne et Mer Noire feront de même. La religion juive cesse d’être prosélyte dans l’empire romain quand l’empereur Constantin impose le christianisme comme religion officielle. Shlomo Sand remet en cause l’existence d’un peuple Juif. Qu’y a-t-il de commun entre des Juifs Yéménites, des Juifs Espagnols et ceux du Yiddishland ? Il y a une religion et un livre, mais parler de peuple exilé, ça ne correspond pas à la réalité. Les sionistes ont surfé sur la persécution des Juifs Européens pour inventer cette notion de peuple exilé faisant son retour.

    La diaspora n’est pas une parenthèse de l’histoire du judaïsme. C’est son centre. C’est dans la diaspora que l’essentiel des rites et des croyances se sont établis. Les références à Jérusalem, au mur des Lamentations et aux scènes racontées dans la Bible sont symboliques. Elles n’ont jamais signifié une « aspiration » à recréer un Etat Juif en « Terre promise ». Elles ont un peu la même signification que la prière des Musulmans en direction de La Mecque. La notion de « peuple élu » n’a jamais conféré aux Juifs des droits supérieurs à ceux des autres (les « goys », les « gentils »). Elle exprime juste une relation particulière avec Dieu.

    De la révolte de Bar Kochba au IIe siècle ap JC à l’arrivée des premiers colons sionistes à la fin du XIXe siècle, les Juifs n’ont jamais représenté plus de 5% de la population de la Palestine. C’est moins que dans les pays voisins (Egypte, Mésopotamie, Perse, Yémen). C’est beaucoup moins que dans l’Espagne du XIVe siècle ou dans la « zone de résidence » de l’empire russe du XIXe siècle (Vilnius, Varsovie, Minsk, Odessa ...).

    De l’antijudaïsme chrétien à l’antisémitisme racial

    La plupart des royaumes ou des empires ont très mal toléré le pluralisme religieux. Les Romains exigeaient des peuples soumis qu’ils ajoutent les divinités romaines à leurs propres divinités. Ce qui a fonctionné avec les Grecs et les Gaulois n’a pas fonctionné avec les Juifs, monothéisme oblige. Une partie des Juifs a adopté la langue grecque et a accepté la « romanité ». Pas tous et la révolte contre Titus a commencé dans Jérusalem par une guerre civile entre Juifs, très bien décrite par Pierre Vidal-Naquet. Ce conflit entre ceux qui acceptent le monde des « gentils » et ceux qui le refusent au nom d’une conception exclusive du judaïsme se poursuit 2000 ans plus tard.

    Le Christianisme n’a jamais été pluraliste et dès qu’il parvient au pouvoir, il s’acharne contre les autres religions. Le culte de Mithra ou l’Aryanisme n’ont pas survécu. Le judaïsme a survécu, mais à quel prix ! Les Chrétiens ont enfermé les Juifs (les juderias, les ghettos...), leur ont interdit la possession de la terre et les ont poussés à l’exercice de métiers qui leur ont valu la haine des peuples (le colportage, l’usure, la banque).

    Dès le Haut Moyen-âge, les expulsions se succèdent occasionnant des drames. Un des premiers pogroms (massacre de masse) est commis par la première croisade qui avant de « tuer de l’infidèle » et de « délivrer » le Saint-Sépulcre, s’est entraînée sur les communautés juives de la vallée du Rhin, provoquant le début du déplacement vers l’Est des Ashkénazes.

    Le monde musulman n’a pas produit le même phénomène : le statut de dhimmi qui est réservé aux « Peuples du livre » (Chrétiens, Juifs, Zoroastriens ...) a permis aux Juifs du monde musulman de connaître une paix relative et une certaine stabilité. Les moments de tension sont rares (l’arrivée des Almohades en Andalousie, le massacre de l’oasis du Touat dans le Sahara ...) et ils correspondent surtout à des périodes de crise. Avant le sionisme, il n’y a eu ni expulsion, ni pogrom contre les Juifs dans le monde musulman.

    L’antijudaïsme chrétien a fabriqué la plupart des stéréotypes antijuifs : le peuple déicide, les crimes rituels, la volonté de diriger le monde. L’épisode espagnol du XVe siècle est annonciateur de l’antisémitisme racial. Au moment où l’Espagne se réunifie, l’Etat moderne qui se crée ne peut plus tolérer ses minorités (Juifs et Musulmans). Ce rêve fou de pureté ira jusqu’à rechercher la « limpieza de sangre » (la pureté du sang), inventant là une pseudo race juive. En même temps, l’histoire des Juifs dans le monde chrétien ne doit pas être réduite à la persécution. Il y a eu quelques périodes fastes.

    L’émancipation des Juifs commence en Europe au XVIIIe siècle en Allemagne puis en France où les Juifs obtiennent la citoyenneté. Paradoxalement, c’est cette émancipation qui va transformer l’antijudaïsme chrétien en antisémitisme racial. Le XIXe siècle voit la naissance de nombreux nationalismes. Ceux-ci véhiculent l’idée simpliste un peuple = un Etat et la plupart d’entre eux sont particulièrement intolérants vis-à-vis des minorités.

    Le Juif est perçu comme étant cosmopolite, hostile à toute idée de nation. Il est souvent un paria, même quand il a réussi socialement. Il représente un obstacle naturel au rêve meurtrier de pureté raciale. C’est d’ailleurs à cette époque que des pseudo scientifiques inventent les notions de « races » aryenne ou sémite qui ne reposent sur rien. La violence de cet antisémitisme aboutira à une espèce de consensus en Europe contre les Juifs, consensus qui facilitera l’entreprise d’extermination Nazi.

    Le sionisme est-il une réponse à l’antisémitisme ?

    Curieusement, le sioniste a puisé dans le même terreau nationaliste européen que celui de diverses idéologies qui ont mené à la boucherie de 1914 et pour certaines au nazisme. En ce qui concerne la droite sioniste, on trouve même chez Jabotinsky (qui a vécu plusieurs années en Italie) des ressemblances avec le fascisme de Mussolini. En tout cas, Jabotinsky est le premier à avoir théorisé le « transfert », terme de novlangue qui signifie l’expulsion de tous les Palestiniens au-delà du Jourdain.

    En Europe orientale, le sionisme a toujours été minoritaire chez les Juifs face aux différents courants socialistes et face au Bund. Pour les Juifs des différents partis socialistes, la Révolution devait émanciper le prolétariat et, dans la foulée, elle règlerait la question de la persécution des Juifs qui n’était pas pour eux un problème spécifique. L’histoire a montré que cela n’allait de soi. Pour le Bund, parti révolutionnaire juif, il existait en Europe orientale un peuple yiddish (le Bund ne s’adressait pas aux Juifs séfarades ou à ceux du monde arabe) et dans le cadre de la révolution, celui-ci devait obtenir « l’autonomie culturelle » sur place sans territoire spécifique. Socialistes et Bundistes étaient farouchement opposés au sionisme. Pendant qu’Herzl rencontrait un des pires ministres antisémites du tsar pour lui dire qu’ils pouvaient avoir des intérêts communs, faire partir des Juifs Russes en Palestine, le Bund organisait (après le pogrom de Kichinev) des milices d’autodéfense contre les pogromistes. Au début du XXe siècle, les sionistes sont absents de la lutte contre l’antisémitisme. Prenons l’affaire Dreyfus. Pour Herzl, ça a été un élément tout à fait déterminant prouvant la justesse du projet sioniste.

    Il y a pourtant une lecture diamétralement opposée de « l’Affaire ». D’abord, ça n’a pas été seulement le problème des Juifs. C’est devenu le problème central de la moitié de la société française, celle qui était attachée à la république et à la citoyenneté. Et puis le dénouement n’est pas négligeable. La réhabilitation finale de Dreyfus a montré que ce combat avait un sens et pouvait être gagné. En 1917, c’est la déclaration Balfour. Il faut le savoir, ce Britannique, comme la grande majorité des politiciens de son époque, avait de solides préjugés contre les Juifs. Pour lui, un foyer Juif, c’était faire coup double pour l’empire britannique : une présence européenne au Proche-Orient et en même temps, l’Europe se débarrassait de ses Juifs.

    Pendant les années du mandat britannique, les sionistes n’ont eu qu’une seule préoccupation : construire leur futur état. En 1933, quand les Juifs Américains décrètent un boycott contre l’Allemagne Nazi, Ben Gourion le rompt. Pendant la guerre, alors que l’extermination a commencé, il y a une grande incompréhension ou insensibilité parmi les Juifs établis en Palestine. Aujourd’hui, les Israéliens rappellent la visite (scandaleuse) du grand mufti de Jérusalem à Himmler. À la même époque, Itzhak Shamir, dirigeant du groupe Stern et futur premier Ministre israélien faisait assassiner des soldats britanniques. Pire, un de ses émissaires prenait contact avec le consulat Nazi d’Istanbul.

    Dans l’Europe occupée, il y a eu une résistance juive assez importante. Les sionistes y ont joué un rôle plutôt marginal. Cette résistance a été essentiellement communiste, à l’image de la MOI (**) en France. Il est significatif qu’au musée de Yad Vashem, on trouve « l’Affiche Rouge », on y fait remarquer que la grande majorité des compagnons de Manouchian étaient juifs, mais on omet juste de dire qu’ils étaient communistes. Les sionistes rappellent que le commandant de l’insurrection du ghetto de Varsovie, Mordekhaï Anielewicz était membre de l’Hashomer Hatzaïr (donc sioniste), mais ils ont essayé de minimiser le rôle de Marek Edelman, qui a survécu et qui est toujours Bundiste et farouchement antisioniste.

    Israël n’aurait pas existé sans le génocide Nazi. Après 1945, il y a eu un consensus de la communauté internationale. Elle a lavé sa culpabilité concernant l’antisémitisme et le génocide pour favoriser la création d’Israël et aider militairement et économiquement le nouvel Etat. En Europe de l’Est, le pogrom de Kielce en Pologne (1946), l’élimination de nombreux dirigeants communistes juifs ayant fait la guerre d’Espagne et la résistance (Slansky, Rajk, Pauker ...) ou le « complot des blouses blanches », bref le renouveau d’un antisémitisme d’Etat provoque chez les Juifs une rupture avec le communisme et un ralliement progressif au sionisme. L’épisode antisémite en Europe du l’Est se prolongera avec la répression en Pologne de la révolte de 1968 qui aboutira à l’expulsion de plusieurs milliers de Juifs Polonais.

    Après 1945, le Yiddishland a disparu et de nombreux rescapés vivent dans des camps en essayant d’émigrer vers l’Amérique ou d’autres pays. La plupart des portes se ferment. Il y a consensus pour les envoyer en Israël et la plupart y partiront, souvent contraints et forcés. Ils y seront pourtant fort mal accueillis. La propagande sioniste oppose l’Israélien nouveau fier de lui et qui se bat, aux victimes du génocide qui auraient accepté passivement l’extermination. Aujourd’hui près de la moitié des 250000 survivants du génocide vivant en Israël sont sous le seuil de pauvreté, en particulier ceux qui sont arrivés d’Union Soviétique.

    Certains dignitaires religieux israéliens sont particulièrement odieux vis-à-vis des victimes du génocide. Entre deux propos racistes contre les Palestiniens, ils ressassent que le génocide a été une punition divine contre les Juifs qui s’étaient mal conduits.

    C’est petit à petit qu’Israël a vu le parti à tirer du génocide. Il y a eu la création de Yad Vashem puis le procès Eichman. On en est arrivé au « devoir de mémoire » obligatoire. Sauf que cette « mémoire » résulte d’une certaine manipulation de l’histoire et de l’identité. En ce qui concerne les Juifs du monde arabe, ce « devoir de mémoire » se substitue à leur véritable histoire, certes douloureuse : ils ont dû quitter leurs pays avec la décolonisation alors qu’ils n’étaient pas des colonisateurs. Ils ont été en Algérie les victimes du décret Crémieux (***). Mais cette histoire n’est en aucun cas celle du génocide.

    Après la guerre, Israël a demandé et obtenu des « réparations » économiques énormes publiques et privées à l’Allemagne de l’Ouest. Ces milliards de marks ont assuré le décollage économique et militaire d’Israël et la réinsertion de l’Allemagne dans la diplomatie internationale. Il serait plus hasardeux de dire ce que cette somme mirobolante a « réparé » dans les souffrances intimes ou le traumatisme.

    Peut-on associer le souci d’aider les Juifs et le soutien à Israël ? Pas nécessairement du tout. Balfour était antisémite. Beaucoup d’antisémites trouvent intéressante l’idée d’un Etat Juif qui les débarrasserait de leur minorité encombrante. C’est le cas de certains membres du Front National. Aujourd’hui, le courant « chrétien sioniste » qui représente des millions de personnes surtout aux Etats-Unis apporte une aide financière et politique énorme à Israël. Ils ont financé une partie de la colonisation (en particulier la construction de Maale Adoumim). Ce sont pourtant des antisémites !

    Peut-on considérer que, face à l’antisémitisme, le sionisme a apporté un « havre de paix » aux Juifs ? Pour les Juifs du monde arabe, sûrement pas, ils n’ont pas été persécutés avant l’apparition du sionisme. Pour les Juifs européens, la question a pu se poser. En tout cas, aujourd’hui, s’il y a bien un pays où les Juifs ne connaissent pas la sécurité, c’est ... Israël et il en sera ainsi tant que le sionisme essaiera de détruire la Palestine.

    Si on parlait racisme ?

    L’antisémitisme est-il un racisme comme les autres ? Y a-t-il « unicité » du « judéocide » Nazi ? Il n’est pas facile de répondre à ces questions. L’antisémitisme a été un racisme à part car la plupart du temps, les racistes ne programment pas l’extermination du peuple haï. S’y ajoute le fait que les Nazis ont inventé le concept (absurde) de « race juive ». Aujourd’hui, les principales victimes du racisme dans un pays comme la France sont incontestablement les Arabes, les Noirs, les Roms, mais pas les Juifs dont certains ont oublié les souffrances passées et s’imaginent même être passés « de l’autre côté du miroir », du côté de ceux qui n’ont rien à dire contre le racisme ordinaire ou la chasse aux sans papiers. Dans son livre « Le Mal-être Juif », Dominique Vidal montre comment la plupart des préjugés contre les Juifs ont reculé. Quand on demande aux Français s’ils accepteraient un-e président-e de la république ou un beau-fils/belle-fille juif/ve, seule une petite minorité répond non. Il y a 40 ans, c’était la majorité. Affirmer comme le fait le CRIF qu’il y a un renouveau de l’antisémitisme, voire qu’on est à la veille d’une « nouvelle nuit de cristal » est très exagéré.

    Bien sûr, l’antisémitisme n’a pas disparu. Il reste essentiellement lié à l’extrême droite, mais même les antisémites les plus obsessionnels ne rêvent plus à un « remake » du génocide. Ils préfèrent nier ou minimiser son ampleur.

    Et « l’unicité » du génocide ? Primo Levi parlait de « l’indicible ». Il est extrêmement rare dans l’Histoire de voir l’Etat le plus puissant du moment engager tous ses moyens pour exterminer des millions de personnes, même quand cela ne lui apporte rien en terme financier ou militaire. Parler de génocide n’a qu’un seul intérêt : analyser les causes, décrire le processus pour qu’il n’y ait « plus jamais cela », permettre aux rescapés et à leurs descendants de revivre. Or il y a eu d’autres génocides (Cambodge, Rwanda, Bosnie). Et il y a surtout eu des politiciens sans scrupules qui ont fait du génocide leur « fond de commerce » alors qu’ils n’ont aucun droit et aucun titre pour s’approprier cette mémoire. Il y a des « intellectuels » français (BHL, Glucksmann, Finkelkraut, Lanzmann...) qui font croire qu’au Proche-Orient la victime est israélienne, éternel retour de la persécution millénaire.

    Certains qui voient l’antisémitisme partout sont étrangement discrets pour condamner le racisme anti-arabe dans un Etat qui se dit Juif. Que dire du rabbin Ovadia Yossef, dirigeant du Shass pour qui les Palestiniens sont des serpents ou des propos du ministre Vilnaï promettant une « Shoah » aux habitants de Gaza enfermés dans un laboratoire à ciel ouvert ? Des transféristes Avigdor Liberman ou Raffi Eitam qui prônent tous les jours la déportation des Palestiniens ? Du rabbin Rosen, représentant des colons, qui déclare tranquillement « que les Palestiniens sont des Amalécites et que la Torah autorise qu’on les tue tous, leurs femmes, leurs enfants, leur bétail » ? Dans tout pays démocratique, de telles déclarations conduiraient leurs auteurs au tribunal. Mais Israël est une démocratie pour les Juifs. Pour les autres, c’est l’Apartheid, c’est une forme de sous citoyenneté incompatible avec le droit international. Il faudrait aussi parler du racisme des soutiens inconditionnels à Israël, par exemple quand Roger Cukierman a osé dire que Le Pen au deuxième tour, c’était un avertissement pour les musulmans.

    En Israël, il y a une obsession de la démographie (que les Juifs soient plus nombreux que les Palestiniens). Du coup, sont considérés comme « Juifs » des dizaines de milliers de personnes qui n’ont rien à voir avec le judaïsme : des Ethiopiens chrétiens qu’on dit « cousins » des Falachas, des Amérindiens du Pérou convertis au judaïsme et installés dans des colonies mais surtout des ex-soviétiques qui ont quitté un pays en perdition. D’où l’existence de sites antisémites en Israël.

    Quand sionisme et antisémitisme se nourrissent l’un l’autre.

    Le sionisme a besoin de la peur. Il a besoin d’une fuite en avant qui lui donnerait du temps pour consolider ses conquêtes. Il a besoin de slogans simplistes du genre « nous n’avons pas de partenaire pour la paix » ou « Le Hamas, le Hezbollah et l’Iran veulent détruire Israël » pour obtenir un consensus derrière la poursuite de son projet colonial et son refus de reconnaître les droits des Palestiniens. Inversement, celles et ceux qui soutiennent les Palestiniens (et encore plus les Juifs qui au nom de leur J se sont engagés dans ce combat) doivent avoir pour souci et pour but la « rupture du front intérieur » aussi bien en Israël que dans les « communautés juives organisées », c’est-à-dire la fin du soutien inconditionnel à une politique criminelle contre les Palestiniens (et suicidaire à terme pour les Israéliens). Vaste programme sans doute dont l’issue est hélas lointaine.

    Il n’empêche : toute manifestation d’antisémitisme n’est pas seulement immorale, elle porte un coup grave à la cause palestinienne.

    Ce n’est pas nouveau. L’antisémitisme des pays de l’Est a renforcé Israël en terme politique (le sionisme a remplacé le communisme comme idéologie des Juifs d’Europe Orientale) et en termes humains avec l’arrivée massive des Juifs soviétiques. De même, non seulement les principaux dirigeants des Pays Arabes se sont montrés bien peu solidaires des Palestiniens pendant la guerre de 48 ou celles qui ont suivi, mais leur complicité avec les sionistes dans l’émigration d’un million de Juifs du monde arabe a été un coup de poignard dans le dos de la cause palestinienne.

    La guerre du Proche-Orient n’est ni raciale, ni religieuse, ni communautaire. Elle porte sur des principes universels : l’égalité des droits, le refus du colonialisme. Ceux qui (comme les sionistes) mélangent sciemment juif, sioniste et israélien pour attribuer aux Juifs les tares du sionisme ne sont pas nos amis. Les Palestiniens l’ont parfaitement compris à l’image de Mahmoud Darwish, Edward Saïd et Elias Sanbar qui s’étaient opposés à un colloque négationniste organisé à Beyrouth par Roger Garaudy. Bien sûr, au nom de « l’antiisraélisme », pour reprendre un terme d’Edgar Morin, on trouve dans le monde arabe ou en Iran des gens qui diffusent le « Protocole des Sages de Sion » ou qui organisent des colloques révisionnistes comme celui de Téhéran. On trouve en France quelques rares personnes issues de l’immigration qui singent l’extrême droite en reprenant les stéréotypes antijuifs. Ces judéophobes confondent aussi juif et sioniste. Bien sûr, on ne peut pas nier que le sionisme ait « une part de l’héritage juif ». Une part seulement.

    Rappelons une anecdote : en 1948, Menachem Begin veut visiter les Etats-Unis. Les plus grands intellectuels Juifs américains avec en tête Hannah Arendt et Albert Einstein écrivent à Truman en lui disant que Begin est un terroriste et qu’il faut l’arrêter ou l’expulser. À l’époque, le judaïsme, c’est encore très majoritairement Arendt ou Einstein, ce n’est pas Begin. Les assassins Nazis s’en sont pris aux parias des shtetls (****) ou à des gens comme Arendt ou Einstein, insupportables parce qu’universalistes. L’antisémitisme n’a pas frappé les tankistes israéliens.

    Il existe en petite minorité dans les rangs de ceux qui soutiennent la Palestine des gens qui imaginent que puisque l’Etat d’Israël se justifie au nom du génocide, c’est que celui-ci n’a pas existé ou qu’on exagère beaucoup à propos des 6 millions de morts (En fait les dernières recherches historiques sur la « Shoah par balles » tendraient à dire le contraire, le nombre des morts est peut-être supérieur). Il y a des militants qui reprennent les élucubrations d’Israël Shamir, soviétique émigré en Israël qui a repris les délires antisémites sur les crimes rituels commis par les Juifs mais qui est totalement inconnu dans les rangs des anticolonialistes israéliens ou des militants palestiniens. Pour Shamir, le problème, ce n’est pas le sionisme, c’est le judaïsme.

    Certains militants parfaitement honnêtes pensent qu’on doit laisser librement s’exprimer toutes les critiques contre Israël, y compris les critiques antisémites. Je pense que ces militants se trompent et que les antisémites ne sont pas seulement d’odieux racistes, ils renforcent aussi le sionisme qu’ils s’imaginent combattre. Ils alimentent le réflexe de peur qui est un carburant indispensable pour le sionisme. Lutter contre l’impunité d’Israël est une priorité qui est l’exact inverse d’une telle démarche : les sionistes veulent clore l’histoire juive. Ils prétendent qu’il n’existe qu’une seule voie, la leur. Ils prétendent représenter l’ensemble des Juifs, ils parlent en leur nom, ils ont le rêve fou de les faire tous « monter » vers Israël. Ils prétendent que toute critique d’Israël est forcément antisémite alors qu’au contraire leur politique provoque un nouvel antisémitisme.

    Cette politique remet en cause plusieurs siècles de lutte des Juifs pour l’égalité des droits et la citoyenneté. Les antisémites qui mélangent sciemment juif et sioniste vont exactement dans le même sens. Ces deux courants se nourrissent l’un l’autre.

    Soutenir concrètement les Palestiniens et dénoncer inlassablement l’impunité d’Israël qui permet la fuite en avant criminelle doit donc s’accompagner d’une dénonciation du sionisme qui est un obstacle à la paix et d’une dénonciation de l’antisémitisme qui n’est pas seulement un racisme odieux (comme tous les racismes). Il renforce aussi ce qu’il prétend combattre.

    Les militant-e-s ont aussi une tâche plus difficile à remplir : « déconstruire » toutes les manipulations de la mémoire et de l’identité qui prolongent cette guerre.

    Pierre Stambul

    (*) « La Bible dévoilée » de I. Finkelstein et N.A. Silberman.
    (**) Main d’œuvre immigrée qui organisait les communistes étrangers.
    (***) En 1870, le décret Crémieux accorde aux Juifs Algériens la nationalité française mais pas aux musulmans.
    (****) Villages juifs d’Europe orientale systématiquement détruits pendant la guerre.

     

    Posté par Alain 3 à 22:03 - Orients - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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    Sionisme et laïcité

    Ce Stambul occulte que le sionisme est d'abord une idéologie laïque. Il procède du même raisonnement que le nationalisme allemand ou français et s'est épanoui à peu près à la même période.

    Isolé parmi les démocrates-chrétiens gaullistes, Bernanos a pu dire qu'Hitler avait déshonoré l'antisémitisme. De la même façon un rabbin au milieu des sionistes pourrait dire que le sionisme déshonore le judaïsme dans la mesure où Israël est devenu le dieu de beaucoup de juifs. L'élection du peuple juif n'est pas liée à l'occupation d'un territoire en particulier. A moins de postuler que Ben Gourion, comme Moïse, a été conduit par Yahvé, ce qui n'est pas très orthodoxe.

    Le martyr des juifs d'Europe de l'Est n'est pas seulement dû aux Allemands. Les Anglais voyaient d'un très mauvais oeil la proposition d'Hitler d'attribuer aux sionistes un territoire en Palestine. Sans les réticences des Anglais, Hitler eût peut-être franchi le pas. Il est évident que les nazis, idéologues laïcs eux-aussi, détestaient surtout les juifs attachés à leurs religions, les juifs du ghetto, et que le sionisme leur paraissait un progrès.

    Le problème palestinien est une conséquence de l'impérialisme, du droit laïc qui proclame le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes pour mieux le bafouer. De fait la question juive n'est pas liée à ça et Israël n'est qu'un des Etats qui composent le bloc impérialiste yanki.

    Il semble qu'il y a des rabbins qui ont compris que l'utilisation de la choa dans l'idéologie laïque sioniste peut se retourner contre le judaïsme. Mais on ne les entend pas assez.
    Même le philosémitisme des Etats-Unis est très superficiel et on peut imaginer un retournement de l'opinion publique yankie à force de guerres impérialistes qui ne font qu'exciter le terrorisme. Les juifs ne sont pas devenus des boucs émissaires dans l'Allemagne des années trente, comme ça, du jour au lendemain, du seul fait de la propagande nazie.

    Posté par Lapinos, 09/07/08 à 14

    http://alainindependant.canalblog.com/archives/2008/07/05/9734377.html

    Eva : Je n'ai pas lu cet article comme la plupart du blog. Je les copie-colle (pour que l'on puisse se faire une opinion soi-même), au nom de la liberté d'opinion et d'expression

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    Jeudi 14 août 2008



     


     


     







    "Intégrismes"
    d'après Roger Garaudy

    Intégrismes 

    Livre de Roger Garaudy, éditions Pierre Belfont, Paris ,1990,analysé par Claude Collin

     

    Garaudy identifie tout d’abord trois caractéristiques essentielles de l’intégrisme:

    • le refus de toute évolution,

    • l’attachement indéfectible au passé

    • l’intransigeance dogmatique.

    Cette attitude radicale peut prendre des formes différentes selon les domaines de l’activité humaine où elle s’exerce.

     

    A propos de l'Eglise catholique


    " La grande nouveauté de Vatican II, exprimée dans le texte Gaudium et Spes de 1966, c’était l’ouverture au monde, le renoncement à la prétention de le régenter d’en haut, pour, au contraire, le servir, à la lumière de l’humilité évangélique, en reconnaissant l’autonomie des réalité terrestres. "(Voir Gaudium et spes, p. 151)  

    En ce sens, Garaudy cite un autre texte de Gaudium et Spes : " L’Église enseigne que l’espérance eschatologique ne diminue pas l’importance des tâches terrestres, mais en soutient plutôt l’accomplissement par de nouveaux motifs. "(p. 112)

     

    Tout d’abord l’intégrisme romain s’est manifesté, selon Garaudy, à l’égard des théologies de la libération de l’Amérique Latine (Pérou, Brésil, Uruguay).

    Celles-ci ne se contentent pas " d’apporter d’en haut une prédication morale extérieure à l’histoire et à la vie quotidienne " " mais elles lient la libération historique de l’homme --libération sociale et politique—à la libération du péché " (Gaudium et spes, p. 51)
    " Au lieu de déduire de versets bibliques une doctrine politique ou une doctrine sociale de l’Église (…) les théologiens de la libération vivent d’abord la situation de ceux pour qui être pauvre, c’est n’être rien, afin d’éclairer et de guider leur action à la lumière de l’Évangile pour qui être homme, c’est être créé à l’image de Dieu. " (Gaudium et spes, p. 51)

    Or, dans son texte " Liberté chrétienne et théologie de la libération, " le cardinal Ratzinger s’oppose rigoureusement à cette position théologique, et selon Monseigneur Fragoso, un évêque du Nordeste brésilien, le texte du cardinal constitue un plan très élaboré pour combattre la théologie de la libération " (Gaudium et spes, p. 53).

    Le défi de l’Église à ce moment aurait été de renouveler son approche à l’égard de la pauvreté vécue par ces populations comme l’espéraient les théologiens de la libération. Au contraire, le cardinal Ratzinger revient à ce vieux dualisme du spirituel et du matériel, du religieux et du séculier, des péchés individuels et des péchés sociaux, " une confusion entre la pauvreté volontaire (…) et la pauvreté subie, éprouvée comme oppression.

    ...

    Garaudy cite le père Chenu, (Le Monde, 24 mai 1983) "  Au cours de son voyage en Amérique centrale, le Pape Jean-Paul II a, à plusieurs reprises, blâmé sévèrement, sinon condamné l’expression – Église populaire — qui avait eu un écho si puissant en Amérique Latine, à Medellin en 1968 et à Puebla en 1979, appelant à annoncer le royaume de Dieu, selon l’Évangile, sans la libération intégrale des pauvres et des opprimés "

     

    A propos des intégrismes de l'Islam


    Il y a un dénominateur commun entre les différents intégrismes de l’Islam.

     

    Tout d’abord il affirme que chacun de ces mouvements attache une grande importance à la Tradition, la " sunna " sur laquelle on se base pour exiger une obéissance inconditionnelle à un roi même corrompu et pervers.
    Lui résister, soutient-on au nom de la sunna, c’est aller contre la volonté de Dieu.
    Par exemple, en 1990, après la mort de quinze cents pèlerins à La Mecque, piétinés lors d’une panique, le roi Fahd déclare : " Dieu l’a voulu ", espérant ainsi masquer, aux yeux de milliers de musulmans, sa totale responsabilité dans ce massacre.(p. 116)

    On peut donc déceler une confusion entre la liberté responsable de l’homme et la nécessité de l’ordre général du monde voulu par Dieu, note Garaudy,
    une confusion entre la loi morale de Dieu (la sharia, c’est-à-dire le chemin) et la juridiction des pouvoirs (fiqh) c’est-à-dire l’élaboration humaine évoluant avec les sociétés.

    De plus, la méthode même de l’interprétation des livres saints est déductive,
    --comme à l’époque de Bossuet (1627 – 1704) pour ce qui est de l’Église catholique-- :
    on extraie des versets détachés de leur contexte et on en déduit des conséquences applicables en tout temps et en tout lieu.
    D’où la sacralisation des pouvoirs établis et la codification de la sharia.
    Or, le Coran n’est pas un code juridique mais un appel moral, affirme Garaudy.

    Enfin, ajoutons à cela que le formalisme et le littéralisme tuent tout esprit critique et empêchent toute évolution.

    Garaudy suggère donc de combattre l’intégrisme islamique " en montrant que son littéralisme, son formalisme, sa prétention exclusive à être propriétaire de l’Islam est une trahison de l’Islam vivant. " (p. 131)

    Dans le dernier chapitre Garaudy propose comme moyen de combattre l’intégrisme non pas la concession, ni la diversion ni la répression, mais le dialogue.

    .............

    On peut retenir que ce livre de Garaudy est une invitation à une plus grande ouverture d’esprit à l’égard de l’autre et de sa différence.

    Une telle conception de l’intégrisme est éclairante; elle nous aide à comprendre mieux les problèmes auxquels est confronté le monde contemporain.
    Mais le fond de la question réside probablement dans la philosophie dualiste qui caractérise la pensée contemporaine et qui est la source de tous les fanatismes.


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    Jeudi 14 août 2008

     









    Pour un dialogue
    des civilisations

     

    Par Roger Garaudy

    Ethiopiques numéro spécial
    revue socialiste de culture négro-africaine
    70ème anniversaire du Président L. S. Senghor
    novembre 1976

    Différentes rencontres de civilisations se sont produites au cours de l’Histoire. Réfléchir sur elles nous permettra de mieux définir les conditions de possibilité d’une nouvelle rencontre, les moyens de la favoriser et l’enrichissement humain qu’on peut en attendre.

     

    Les rencontres anciennes

     

    Les deltas limoneux des grands fleuves, favorisant l’agriculture et la vie sédentaire, ont rapidement fourni de brillants foyers de civilisation qui se fécondèrent mutuellement par leur conjonction.
    Ce fut le cas notamment pour les deltas du Nil, de l’Euphrate et du Tigre, puis pour ceux de l’Indus et du Gange et, enfin, pour le delta du Fleuve Jaune. Ces quatre berceaux de civilisation se lièrent rapidement entre eux.
    On trouve sur les rives de la Méditerranée, entre le fleuve Oronte et les plateaux d’Anatolie, des affluents du Tigre et de l’Euphrate. Ainsi se dessina le « Fertile Croissant » où, très vite, se nouèrent des liens entre les civilisations de la Mésopotamie et celles du Nil.
    La mer permit d’autre part, que s’établissent des rapports entre les civilisations de Mésopotamie et celles de la vallée de l’Indus.
    De grands cheminements terrestres se dessinèrent il y a des millénaires : ce qui deviendra plus tard la route de la soie, le grand couloir des steppes, partant de la vallée de l’Ordos, passant au nord de l’Himalaya pour aboutir en Turquie, puis le long de la Méditerranée.
    De grands cheminements maritimes jouèrent le même rôle : la route des moussons véhicula la civilisation chinoise à travers tout le Sud-Est asiatique. La forme d’un tambour de bronze datant de civilisations chinoises primitives se retrouve au Vietnam, à la période de Dong Son, et l’on peut suivre le même thème dans les Iles d’Indonésie. Témoignage de la continuité de ce rayonnement. Il existe encore une autre voie de diffusion des cultures de l’Asie : le détroit de Behring qui a permis à des peuples venus d’Asie, de Mongolie notamment, d’essaimer dans toute l’Amérique. Le passage commença sans doute il y a 20.000 ans, et il fallut à ces migrants 10.000 années pour atteindre la Terre de Feu.
    Les travaux de Leakey, en Afrique, prouvent que l’homme existe depuis deux ou même trois millions d’années. Cet homme primitif possédait déjà des outils et bâtissait des tombeaux. Quel a été son cheminement ? Nous l’ignorons. Un « trou » de plusieurs millions d’années sépare cette époque de l’avènement de la civilisation égyptienne.
    Retenons un premier fait : il n’y a pas de civilisation insulaire. La civilisation a, dès ses premiers pas, constitué un réseau de propagation universel.
    Le temps des « grandes découvertes » de la « Renaissance », (toutes relatives, l’Amérique, on le sait, ayant été atteinte, bien avant Colomb, par les Vikings, sous Eric le Rouge, au XIIe siècle, et l’Asie étant explorée depuis longtemps par les Arabes) va marquer le commencement du colonialisme. Elles éclairciront néanmoins l’horizon de l’Europe. Désormais l’idée d’un « autre monde » va hanter l’esprit de ce qu’on commencera à appeler « l’ancien continent ».
    Cette évocation, même très superficielle, des grandes rencontres de civilisations, permet déjà de situer l’histoire de l’Occident dans la perspective des millénaires : l’histoire de l’Occident, dont la trajectoire est en général tenue pour exemplaire et comme formant l’armature de toute l’histoire humaine, apparaît alors comme un bref intermède et se trouve relativisée.
    Cette conception du passé et de son histoire (de l’histoire faite et de l’histoire écrite), pouvait difficilement émerger tant que chaque civilisation non-occidentale était étalonnée et située en fonction de la seule ligne du développement des sociétés occidentales, comme si aucune autre forme de relations avec la nature, avec les autres hommes, avec l’avenir, n’était possible en dehors de la démarche conceptuelle et techniciste de l’Europe, surtout depuis la Renaissance, c’est-à-dire depuis la naissance simultanée du capitalisme et du colonialisme, qui ont nié (quand ils ne les ont pas détruites) les autres cultures : celles de l’Asie, de l’Islam, de l’Afrique, de l’Amérique pré-hispanique.
    Pour aider à cette prise de conscience de l’Unité de l’homme toujours en naissance et toujours en croissance dans son passé comme dans son avenir, un véritable « dialogue des civilisations » aiderait sans doute à vérifier les hypothèses de travail suivantes :
    Toute explosion culturelle est précédée d’une implosion, c’est-à-dire d’une convergence, en un point privilégié, de multiples apports culturels. C’est ainsi que peuvent être démystifiés le « miracle grec » qui puise aux sources de l’Egypte, de l’Inde, de la Perse, et de tout le bassin méditerranéen ; ou la Renaissance européenne qui serait in intelligible sans les apports de l’expansion arabe, des invasions mongoles véhiculant des apports chinois, sans la redécouverte non seulement de la Grèce et de Rome mais de la Perse, et, plus tard, des civilisations amérindiennes.

     

    La contingence des hégémonies

     

    L’un des grands malheurs de l’histoire écrite, c’est d’avoir été écrite par les vainqueurs qui ont toujours voulu prouver que leur hégémonie était une nécessité historique, c’est-à-dire qu’elle découlait nécessairement de la supériorité de leur culture et de leur civilisation. Il en fut parfois ainsi, mais, le plus souvent, la supériorité technique et militaire n’impliquait pas nécessairement la supériorité de la culture et du projet humain porté par les vainqueurs. Les prodigieuses chevauchées et les victoires des empires des steppes furent des victoires du cavalier sur le fantassin ou de l’épée de fer sur l’épée de bronze. Le triomphe des Romains sur la Grèce fut une victoire de l’organisation militaire et de l’organisation tout court. La conquête des Portugais et des Espagnols détruisant les civilisations antérieures de l’Amérique est le fruit de leur seule brutalité et de leurs armes à feu. Les grandes invasions européennes de l’Afrique et de l’Asie ne furent pas moins destructrices de hautes valeurs humaines.
    Une histoire totale ne peut être qu’une histoire des possibles humains, la recherche et la reconquête des dimensions perdues de l’homme à travers les occasions perdues de l’histoire. De ce point de vue, qui est celui de l’importance du projet humain conçu ou vécu à telle ou telle époque et du rôle qu’il continue à jouer dans notre propre vie actuelle, « l’Hymne ou soleil » d’Akhenaton, est infiniment plus précieux que toutes les batailles de Ramsès. La réforme d’Akhénaton est le type de l’un de ces possibles humains avortés dans les recherches de l’unité de l’homme. L’important est donc dé souligner qu’à chaque époque de l’histoire plusieurs possibilités étaient ouvertes et qu’une seule s’est réalisée. En un mot nous ne pouvons défataliser l’avenir que si nous défatalisons l’histoire.
    Chaque grande œuvre de l’homme, du simple outil au code moral, du plan d’urbanisme à l’œuvre d’art ou au credo religieux, n’est jamais le simple reflet d’une réalité mais le modèle ou le projet d’un monde à transformer ou à créer, d’un ordre qui n’existe pas encore, une anticipation du futur. Lire l’histoire d’une manière qui ne soit pas positiviste (c’est-à-dire une histoire d’où l’homme serait absent), c’est déchiffrer ce projet humain cristallisé dans une œuvré d’homme. Cela nous conduit à poser ce quatrième principe :
    Un projet de civilisation avorté peut avoir laissé sa trace dans une secte religieuse, dans une utopie, dans une révolte, dans une œuvre d’art sans postérité immédiate, et cristallisant pourtant en elle un projet de civilisation.
    Savoir lire l’histoire, non comme une série de faits unidimensionnels liés par la fatalité d’un destin, mais au contraire comme une infinité de possibles fourmillants et bourgeonnants, et toujours témoins de l’émergence poétique de l’homme, de ses efforts prophétiques de création, c’est se poser des questions de ce genre : qu’aurait été une civilisation, inspirée dans tous ses, aspects (économiques, politiques, religieux, etc...) par l’esprit qui s’est cristallisé seulement dans une œuvre d’art ou dans une utopie qui n’ont pas eu d’avenir immédiat ?
    Il s’agit de découvrir en chaque œuvre ce centre, le plus profond de l’homme, où science et poésie ne font qu’un, ne sont qu’un seul acte : l’acte de la création continuée de l’homme par l’homme, résolument orienté vers l’invention du futur.
    Un véritable dialogue des civilisations n’est possible que si je considère l’autre homme et l’autre culture comme une partie de moi-même qui m’habite et me révèle ce qui me manque. Grâce à lui des dimensions perdues renaissent en moi, des émotions que l’on croyait englouties, des beautés et des émerveillements que nous croyions oubliés.
    Par lui je découvre d’un même mouvement ce qui me manque et ce que je dois recevoir de l’autre, de toutes les autres cultures et civilisations, pour devenir un homme total.
    Depuis des siècles, la civilisation dite occidentale, en plaçant au premier plan l’efficacité scientifique et technique et, en détruisant systématiquement les autres valeurs, a réussi à imposer sa suprématie au monde entier.
    Aujourd’hui, cette conception unilatérale du développement suscite l’angoisse pour l’avenir même du monde, non seulement en raison des possibilités nucléaires de destruction de la planète qui risque de mettre fin à l’épopée humaine commencée il y a trois millions d’années, mais aussi en raison des risques de destruction de l’environnement, de pollution et d’épuisement des ressources naturelles, de manipulation et de conditionnement de l’homme, de désintégration du tissu social.
    Autre motif de cette inquiétude : l’écart croissant entre les niveaux de vie des pays dits « développés » et des pays du Tiers-monde. Cet écart découle d’une conception unilatérale du développement : la croissance pour la croissance, sans finalité humaine.
    Ainsi, les problèmes posés mettent en péril l’avenir même de la planète. A cet égard, le dialogue des civilisations est essentiellement la prise de conscience que les finalités, les valeurs et le sens de notre commune histoire, ne peuvent pas être définis à partir du seul « humanisme occidental ». Nous devons, répétons-le, perdre l’illusion que l’Occident a été et sera le seul centre d’initiatives historiques et de créations de valeur.
    Nous ne résoudrons les problèmes dont nous portons la responsabilité que par une nouvelle rencontre et un dialogue avec les sagesses et les révoltes d’Asie, d’Afrique, d’Islam et d’Amérique latine. Ainsi seulement nous parviendrons à concevoir et à vivre des rapports nouveaux et plus riches entre l’homme et la nature, des rapports autres que techniques ou conquérants.
    Nous pourrons alors établir entre les hommes des rapports qui ne soient ni individualistes, ni totalitaires mais communautaires, tout comme il importe qu’une communication s’établisse avec l’avenir et avec le divin sans qu’il s’agisse pour autant d’une simple extrapolation de la réalité actuelle, à la manière des futurologues positivistes américains du genre d’Herman Kahn. Dans cette voie positiviste, il n’y a que guerre préventive contre l’avenir et colonisation de l’avenir par le passé et le présent, alors que l’avenir est émergence poétique du nouveau et ouverture vers « l’Autre » et le « Tout Autre ».

     

    Comment favoriser
    la nouvelle rencontre ?

     

    Aujourd’hui, l’essentiel est peut-être d’inverser les perspectives, de mettre fin à l’hégémonie de la culture occidentale et de tendre à réaliser une unité symphonique.
    Nous avons évoqué les méthodes successives employées par l’Occident pour se développer en sous-développant le reste du monde. Le colonialisme n est pas mort.
    Au delà d’échanges inégaux - de plus en plus difficiles à maintenir depuis la crise du pétrole et de l’ensemble des matières premières, qui ont provoqué une véritable révolte du Tiers-Monde -, si nous souhaitons connaître un développement constructif et non convulsif, il nous faut d’abord modifier un certain nombre de nos comportements économiques, politiques et culturels. Sur ce dernier point, des initiatives sont particulièrement nécessaires.
    Ce que nous appelons pompeusement la science devrait s’appeler plus modestement la science « occidentale ». Un changement radical de perspectives est à opérer. Pas seulement une « réforme de l’enseignement », qui ne serait qu’une meilleure adaptation de l’enseignement pour atteindre les mêmes fins, mais une véritable « révolution culturelle », qui ne consiste pas à modifier les moyens, les méthodes, les structures, mais les finalités de l’éducation.
    Pour opérer cette révolution culturelle, il faut que :
    1) L’étude des civilisations non occidentales occupe dans les études une place au moins aussi importante que celle de la culture occidentale.
    Je prends mon exemple personnel. Agrégé de philosophie, j’ai passé mes examens sans connaître un seul mot des philosophes de l’Inde, de la Chine et de l’Islam. La philosophie est comprise en Occident dans un sens profondément restrictif. On la considère comme une recherche purement intellectuelle et non comme une manière de vivre.
    La remarque vaut aussi pour la littérature. L’homme « cultivé » ne peut se procurer, en France, une traduction complète du Ramayana qu’à la Bibliothèque Nationale et on ne dispose que depuis quelques mois d’une petite traduction du Gilgamesh, etc... En dehors des spécialistes, nous sommes d’une ignorance insondable pour tout ce qui se rapporte à la culture non occidentale.
    2) Que l’esthétique occupe une place au moins aussi importante que l’enseignement des sciences et des techniques.
    Une œuvre d’art doit être considérée non comme le reflet d’une réalité déjà existant mais comme le projet d’un monde à construire.
    J’entends par enseignement esthétique non pas une théorie, une métaphysique du beau, totalement inutile, comme, d’ailleurs, toute métaphysique, mais, à la fois une pratique des arts et une réflexion sur l’acte créateur : peinture danse, architecture, sculpture musique, théâtre...
    Cela implique une inversion radicale de nos conceptions occidentales scientistes et technocratiques.
    3°) Que la prospective - l’art d’imaginer le futur - et la réflexion sur les fins ait au moins autant d’importance que l’histoire.
    Telles sont, à mon sens, les trois mutations essentielles qu’un véritable dialogue des civilisations peut apporter à notre système d’éducation. Cet enseignement nouveau ne doit pas seulement s’adresser aux enfants, mais, sous forme d’éducation permanente, aux masses dans leur ensemble. Pour atteindre cet objectif, diverses initiatives sont nécessaires.
    Lorsque a lieu, par exemple, une exposition, l’art occidental, tient toujours un rôle primordial sinon unique, même à titre de référence - ceci, à l’échelle mondiale.
    Lors des Olympiades de Munich fut organisée une exposition d’art mondial, d’où l’on ressortait avec l’impression que le Japon n’existait que depuis l’époque des impressionnistes et l’Afrique depuis l’expressionnisme allemand et le cubisme français. Tout était jugé avec une optique occidentale.
    A l’exposition « universelle » d’Osaka, au Japon, on a juxtaposé des œuvres orientales et occidentales sans chercher à montrer l’interpénétration des unes par les autres. Nous pourrions multiplier les exemples.

    Or, il est possible de remplacer ces expositions très coûteuses - les frais d’assurance pour le transport de chefs d’œuvre sont considérables - par des expositions de reproductions de haute qualité des œuvres primordiales de la culture mondiale. Une exposition groupant cent œuvres maîtresses présentant cent visages des hommes et des dieux ne devrait pas en comprendre plus de vingt d’origine occidentale, pour respecter la perspective de trois millénaires d’histoire.
    On rétablirait ainsi le contact entre les peuples et leur propre culture dont ils se trouvent séparés.
    Nous avons déjà rappelé combien les trésors d’art de l’Afrique ont été livrés au pillage. Et cela est vrai de l’Océanie, littéralement écumée, de la Chine et du Japon. La technique nous permet, aujourd’hui, d’universaliser la culture, en reproduisant avec précision des œuvres de toutes sortes, au moyen de matériaux très légers, robustes et peu coûteux.
    Des reproductions en résines synthétiques permettent, en outre, de lutter contre la spéculation sur les œuvres d’art qui encombrent actuellement les coffres des banques, les soustrayant ainsi à la contemplation en créant une confusion permanente entre valeur marchande et valeur esthétique.
    La sculpture nous permet de mieux relativiser l’importance de l’apport occidental. Mais, la peinture ne doit pas être négligée. Je pense, en particulier, aux œuvres Song, aux estampés japonaises et aux grandes fresques indiennes que la technique de la reproduction nous permettrait de situer à leur vraie place : l’une des premières du monde.
    Ainsi pénétreraient partout les chefs d’œuvre du génie de tous les peuples. Rien n’empêcherait que de telles expositions soient organisées dans la plus modeste Université ou dans une petite ville de province.
    Il ne suffirait pas de juxtaposer les œuvres exposées. L’on devrait situer chacun d’elles dans son contexte historique en précisant ce qu’étaient les techniques de l’époque, la vie sociale, politique religieuse, les autres formes d’arts tels que le théâtre, la musique...Ce qui permettrait de déchiffrer en chaque œuvre un moment de la création de l’homme par l’homme.
    Pour éliminer l’idée de réalisations ponctuelles, il importerait d’expliquer ce qui marque, dans chaque œuvre, à la fois un point de convergence des influences reçues et un point de rayonnement des influences exercées par elle.
    La même démarche doit être tentée pour les grandes œuvres musicales ou poétiques de l’humanité, pour l’histoire aussi des peuples, en une sorte d’Encyclopédie sonore du monde sur mini-cassettes. Les chefs-d’œuvre de l’humanité seraient ainsi à la portée de tous. Qui connaît en Europe, en dehors des spécialistes, le Gamelan de Bali, les musiques de l’Inde et celles de la Chine ?
    Les grands poèmes comme le Ramayana, les épopées comme celle du Gilgamesh ou du Popol Vuh, les hymnes védiques, la poésie d’amour mystique des Soufis persans et arabes, présentés sous forme populaire ne seraient plus seulement accessibles à quelques spécialistes. Il suffirait d’adapter à nos sociétés modernes la fonction qu’exercèrent autrefois les conteurs populaires qui racontaient l’Histoire de cette création de l’homme.
    Dans le même esprit, peut-être brossée la « fresque filmée de l’épopée humaine ». On utiliserait aussi bien des films de très court métrage, flashes destinés à être projetés dans les expositions pour situer une œuvre dans son ensemble, que des séries de films, présentés sous une forme populaire et dramatique, constituant autant de synthèses scientifiques de qualité, mais aussi un immense « reportage » couvrant dix mille ans d’histoire, passionnant comme un roman - celui de l’aventure humaine.
    Ainsi pourrait se réaliser, dans un délai assez court, la grande inversion de perspectives de la culture mondiale, non pour nier ou rejeter la culture occidentale mais pour la relativiser et pour prouver qu’on ne parviendra pas à résoudre, en partant seulement d’elle, les problèmes redoutables qu’elle continue de poser.

     

    Que pouvons-nous attendre
    de cette nouvelle rencontre ?

     

    On peut espérer obtenir trois résultats de cette conception symphonique de la culture.

    - Relativiser notre conception occidentale.

    Nous devons absolument prendre nos distances par rapport à notre culture et à notre système de développement, par rapport aussi à notre projet de civilisation - ou plutôt notre absence de projet.
    Notre postulat implicite : « Tout ce que la technique permet doit être accompli », ne peut conduire l’Occident et le monde qu’à la faillite.
    Un nouveau dialogue des civilisations permettra de défataliser l’avenir, d’apprendre à concevoir et à réaliser d’autres possibles, de retrouver un équilibre avec la nature.
    Relativiser signifie également réviser nos rapports avec les autres hommes, ne pas imaginer que nous devons imposer nos projets d’une manière contraignante. Cette dernière attitude, la plus conservatrice qui soit, émane de milieu traditionnellement conservateurs mais aussi, malheureusement, de certains partis révolutionnaires qui ont la prétention d’apporter « du dehors » la conscience révolutionnaire aux masses.
    Le plus important est de créer les conditions qui permettront à chacun de concevoir et de vivre d’autres possibles et de favoriser l’autodétermination des fins. Ce qui exige nombre de transformations sociales afin que l’étau qui enserre l’homme dans des besognes quotidiennes soit relâché.
    Les loisirs connaissent, eux aussi, la pollution. Au delà d’une certaine cadence de travail, il n’y a de place que pour des loisirs passifs, par exemple : ouvrir la télévision et subir les âneries infantiles de ces directeurs de conscience inconscients que sont en général « les animateurs » du petit écran. Une statistique de l’UNESCO révèle que, pour l’ensemble des programmes d’un bon nombre de pays - dont ceux des Etats-Unis, du Japon, et de la France le niveau mental des émissions ne dépasse pas celui d’un enfant de onze ans.
    Il est indispensable de donner à chacun le temps de la contemplation qui permet de prendre ses distances par rapport à soi-même et de participer.
    Décentrer notre vision du monde par rapport à notre « petit moi ».
    Les civilisations non occidentales nous apprennent essentiellement que l’individu n’est pas le centre de toutes choses. Leur plus grand mérite consiste à nous faire découvrir l’Autre et le Tout-Autre, sans arrière-pensée de concurrence et de domination.
    Nous ne concevons les rapports entre les hommes que sous forme de délégation de pouvoirs. C’est ce que Rousseau appelait déjà, dans le Contrat Social une aliénation.
    La conception statistique de l’homme, qui forme l’ossature des démocraties parlementaires dites représentatives, est particulièrement appauvrissante pour l’individu.
    Il importe essentiellement que nous apprenions d’autres civilisations le vrai sens d’un rapport humain associatif dans lequel chaque activité se trouve prise en charge par une communauté responsable. Il s’agit de passer d’une démocratie représentative à une démocratie participative, fondée non pas sur une délégation de pouvoirs mais sur des associations à tous les niveaux.
    Finaliser notre action.
    Notre civilisation a commis une erreur fondamentale. Elle a transformé le grand rationalisme cartésien, spinoziste et hégélien, en un petit rationalisme étroit : celui du positivisme. Simple description, la science n’a pas conscience de sa relativité.
    Auguste Comte prétendait très dogmatiquement isoler certains faits pour les relier ensuite par un rapport de cause à effet.
    Les éléments d’analyse scientifique, lorsqu’on les considère séparément, conduisent à un racornissement de la science elle-même.
    Dans le Hasard et la nécessité de M. Jacques Monod, l’on éprouve une sorte de plaisir esthétique à découvrir la manière dont il explique la naissance de la vie, sans être persuadé que ce soit l’explication dernière. Mais quand, partant de là, il extrapole et parle de problèmes qu’il ignore complètement, comme par exemple le Marxisme, et plus généralement ce qu’est l’homme au delà de son existence biologique, on a l’impression que Jacques Monod partage une illusion qui fut celle de Lamétrie au XVIIIe siècle dans son ouvrage sur « l’homme-machine » : la mécanique étant la Science la plus avancée de son époque, elle fonctionnerait parfaitement dans d’autres domaines. Lamétrie a pensé qu’on pouvait l’appliquer à la biologie, et pas seulement à la biologie des animaux, comme le croyaient Descartes et Malebranche, mais aussi à l’homme.
    Monsieur Jacques Monod se comporte de la même manière aujourd’hui, non plus avec la mécanique mais avec la cybernétique, donnant ainsi une valeur absolue à un simple moment de la science.
    Quand se souviendra-t-on donc que tout ce que je dis de l’homme, c’est un homme qui le dit ? C’est une conception toujours révisable. On ne combattra jamais assez ce genre de dogmatisme, le plus dangereux de tous, en insistant sur les autres aspects, esthétiques ou spirituels, de la vie, sur le contact immédiat avec « l’autre » homme et avec la nature.
    Cet état d’esprit permet une ouverture sur l’avenir en privilégiant l’émergence poétique de l’homme. L’avenir n’a de sens que dans la mesure où il est création véritable.

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    Jeudi 14 août 2008






    Suite de Conmment construire
    l'unité humaine -
    par Roger Garaudy




    2) -- Par une mutation
    politique



    Comment créer un ordre politique à visage humain

    Toute démocratie fondée sur la seule défense de l'individu abstrait sans tenir compte de son pouvoir réel (ex: ceux du possédant ou du chômeur) ne peut conduire qu'à l'élection d'une majorité statistique, où, chacun poursuivant ses intérêts propres, et concurrent de tous les autres sur le marché (marché du travail ou marché du commerce) la résultante -- comme disait déjà Marx -- est quelque chose que personne n'a voulu.

    Pour établir une comparaison: lorsqu'on parle de produit national brut par tête d'habitant, le chiffre global ne signifie rien: il est une moyenne entre les revenus du milliardaire et celui du chômeur. Cette moyenne ne correspond à aucune réalité concrète.

    La coalition des intérêts (corporatifs, ou de classes), ou d'objectifs communs aux membres d'un groupe particulier n'apporte pas davantage la réalité d'un projet commun (Rousseau disait: "une volonté générale" ) à la société globale.

    Enfin, et surtout de nos jours, la manipulation des opinions publiques par les médias possédés par quelques grands monopoles ou quelques grandes puissance (qu'il s'agisse de Bill Gates ou de Murdoch, de la CNN ou des télévisions, dites nationales servant les intérêts du gouvernement en place, ou des lobbies les mieux structurés et financés), crée une pensée unique du politiquement correct.

    Les coalitions de droite ou de gauche pratiquent dès lors la même politique et le désintérêt de la population (en France comme aux Etats-Unis) s'exprime par une abstention électorale de plus en plus massive.

    Tels sont les éléments majeurs de l'imposture de la démocratie occidentale, qui ne constitue d'ailleurs pas un obstacle aux dictatures sur lesquels elles débouchent finalement, soit de façon directe, comme ce fut le cas pour Hitler qui arriva au pouvoir par le jeu régulier de ce genre de démocratie, c'est-à-dire en recueillant une majorité absolue au Parlement, soit sous forme indirecte lorsqu'un Etat démocratique plus puissant amène au pouvoir des dictatures pour protéger ses propres intérêts. Les Etats-Unis, sont le modèle du camouflage du parti unique, avec, pour le public, ses deux variantes officielles: démocrates ou républicains, constituant en fait le parti unique de l'argent, avec des équipes différentes se partageant les dépouilles (c'est à dire les postes dirigeants ou les prébendes) lorsqu'ils remportent la victoire. Ils appuient, avec la même force, les dictatures de l'autre Amérique, et votent avec la même unanimité les crédits pour Israël, ou les mêmes veto à toute sanction contre ses violations des décisions de l'O.N.U., ou les mêmes agressions contre quiconque prétend s'opposer à leur domination mondiale, ou défier leurs embargos.

    Qu'est- ce qu'une démocratie?

    Etymologiquement démocratie signifie: gouvernement par le peuple et pour le peuple. Or, le principal théoricien de la démocratie, celui dont se réclamait la Révolution française, Jean Jacques Rousseau, dans son Contrat social, dit clairement, déchirant tous les mensonges des prétendues "démocraties occidentales": "A prendre le terme dans la rigueur de l'acception, il n'a jamais existé de démocratie véritable." Et ceci pour deux raisons.

    1/ -- l'inégalité des fortunes, qui rend impossible la formation d'une volonté générale, opposant au contraire ceux qui ont et ceux qui n'ont pas.
    2/ -- l'absence d'une foi en des valeurs absolues qui fassent à chacun aimer ses devoirs au lieu de laisser régner la jungle d'un individualisme, où, chacun se croyant le centre et la mesure des choses, est le concurrent et le rival de tous les autres. (Contrat social, Ed. Pléiade, p. 468).

    Il n'avait alors qu'un exemple historique d'une prétendue démocratie: celui de la Grèce antique. L'on enseigne, aujourd'hui encore, à nos écoliers, qu'elle est la mère des démocraties, en ne rappelant pas que dans cette démocratie athénienne à son apogée (au temps de Périclès au Ve siècle) il y avait vingt mille citoyens libres, constituant le peuple et possédant le droit de vote, et cent dix mille esclaves n'ayant aucun droit. Le vrai nom de cette démocratie serait: une oligarchie esclavagiste.

    Or, cet usage menteur du mot démocratie n'a cessé de régner en Occident.

    -- La Déclaration de l'Indépendance américaine, proclamée le 4 juillet 1776 (l'année de la mort de J.J. Rousseau), "considère comme des vérités évidentes par elles mêmes que les hommes naissent égaux; que leur Créateur les a doués de certains droits inaliénables: la vie, la liberté...". Or la constitution née de cette déclaration solennelle maintient l'esclavage pendant plus d'un siècle.

    Démocratie pour les blancs, pas pour les noirs.

    -- La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de la Révolution française de 1789, affirme que "tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits". En ses articles 14 et 15, elle précise même que "tous les citoyens ont le droit de participer à l'élaboration de la loi". Or, la Constitution dont cette Déclaration constitue le préambule, n'accorde le droit de suffrage qu'aux possédants*: les autres, c'est-à-dire trois millions de Français sont déclarés citoyens passifs, les citoyens actifs (électeurs) selon l'expression de Sieyes, père de cette Constitution, sont "les vrais actionnaires de la grande entreprise sociale.". Avant lui, le plus grand philosophe français du siècle, Diderot, écrivait dans son Encyclopédie (article: Représentant: "le propriétaire seul est citoyen. "

    Démocratie pour les propriétaires, pas pour le peuple.

    En 1848 est instauré le suffrage universel, mais seulement pour les hommes.

    La moitié de la nation (les femmes) en est exclue.

    Démocratie pour les hommes, pas pour les femmes.

    L'on pourrait multiplier les exemples.

    Celui d'Israël est typique. Il nous est présenté comme le modèle de la démocratie. Or, dans son livre significativement intitulé: Le Caractère juif de l'Etat d'Israël, le Professeur Claude Klein, directeur de l'Institut de droit comparé à l'université hébraïque de Jérusalem, nous apprend (à la page 47 de son livre), que la loi adoptée par la Knesset en 1970, en son article 4, donne cette définition du juif (qui confère le droit au retour et à la citoyenneté): "est considéré comme juif celui qui est né de mère juive ou qui s'est converti au judaïsme, et qui n'appartient pas à une autre religion." Critère racial et critère confessionnel nous ramènent ainsi au temps de l'Inquisition espagnole exigeant la pureté du sang et la conversion au catholicisme.

    Démocratie pour les juifs, pas pour les autres.

    Mais l'exemple le plus révélateur de cette imposture de la démocratie à l'occidentale, et le plus actuel, car sur lui se fondent toutes les formes d'un prétendu droit d'ingérence au nom de la défense des droits de l'homme, c'est la "Déclaration universelle des droits de l'homme " proclamée par les Nations Unies en 1948.

    Pour nous en tenir à quelques exemples, elle proclame:

    -- Article 1. " Tous les êtres humains sont libres et égaux en dignité et en droit ... "
    avec les précisions suivantes:
    -- Article 23, 1. " Chacun a droit au travail.... " alors qu'il y a 35 millions de chômeurs dans le monde dit riche et des centaines de millions de sans emploi et d'exclus dans le Tiers Monde.
    -- Article 25, 1. " Chacun a droit à un niveau de vie lui assurant la santé et le bien être... " alors qu'aux Etats-Unis même, 33 millions d'êtres humains vivent en dessous du seuil de pauvreté, et qu'il en est de même, dans le Sud, pour les trois cinquièmes de l'humanité.
    -- Article 25, 2. " Les mères et les enfants ont droit à une assistance et des soins particuliers ", alors que le bulletin de l'UNICEF de 1994 nous apprend que treize millions et demi d'enfants meurent chaque année de faim, de malnutrition ou de maladies aisément guérissables, et qu'aux Etats-Unis même, un enfant sur huit ne mange pas à sa faim. (15)

    Deux questions fondamentales se posent ici:

    1/- Quand on parle de l'homme, de quel homme s'agit-il?: le blanc? le propriétaire? l'Occidental?

    2/ -- Que signifie un droit pour un homme qui n'a pas les moyens de l'exercer?

    Que signifie, par exemple, le droit au travail pour des millions de chômeurs? Le droit à la vie pour des millions d'êtres humains qui, dans le monde non occidental, meurent, pour qu'en Occident les privilégiés puissent poursuivre librement leurs gaspillages?

    En outre, qui dispose du pouvoir d'ingérence? Existe-t-il un peuple africain disposant de ce droit pour mettre fin aux discriminations raciales des Etats-Unis? Pour sanctionner par exemple les crimes de Los Angeles? Les interventions militaires pour la défense des frontières s'appliquent de façon sauvage lorsqu'il s'agit de défendre les pétroles américains du Koweït, mais aucune sanction n'intervient, malgré un vote unanime des Nations Unies, lorsqu'Israël annexe Jérusalem.

    Nous pourrions multiplier les exemples de cette jungle où règne la loi du plus fort sous prétexte de défense de la démocratie: le soutien de Pinochet et de toutes les dictatures dans le monde lorsqu'elles servent les intérêts américains, et leur écrasement lorsqu'elles cessent de les servir, du général Noriega au Panama, recevant de Bush, directeur de la C.I.A., tant qu'il est un agent fidèle, le même traitement qu'un président des Etats-Unis, et subissant une invasion de son pays lorsqu'il revendique ses droits légitimes sur le Canal, à Saddam Hussein que l'on appelait en France, dans un livre: Le de Gaulle irakien lorsqu'il recevait argent et armes pour combattre l'Iran, et qui devient brusquement le nouvel Hitler lorsqu'il tente de résister à l'intervention coloniale des Etats-Unis et de leurs laquais.

    Le mensonge fondamental, justifiant tous les crimes au nom de la démocratie (comme le maintien de l'embargo contre l'Irak qui tue des milliers d'enfants au nom de la défense des droits de l'homme), est fondé sur une identification hypocrite de la liberté du marché avec la liberté de l'homme.

    Une authentique démocratie ne peut donc être fondée sur une toujours faussée et menteuse Déclaration universelle des droits de l'homme mais sur une Déclaration universelle des devoirs de l'homme, dont les principes inspirateurs pourraient être les suivants:

    Une déclaration universelle des devoirs de l'homme.

    Préambule

    L'Humanité, dans la diversité de ses composantes, est un tout indivisible.

    Le devoir primordial des communautés et de leurs membres est de servir cette unité et son développement créateur.

    Distinguant l'homme de l'animal, ce devoir est le fondement de tous les autres.

    Il exclut toutes les tyrannies et garantit tous les droits.

    Il exclut toute prétention à l'exclusivité et à la domination d'une croyance, d'une nation, d'un groupe comme d'un individu.

    Il garantit la liberté d'expression à tout humanisme (c'est-à-dire à toute doctrine servant les intérêts de l'humanité comme un tout), come la liberté d'expression, de foi ou de pratique à toute religion (c'est-à-dire à toute croyance attribuant une origine divine à cette unité); à toute aspiration nationale apportant la contribution de sa culture spécifique à la symphonie de cette unité mondiale; à l'épanouissement, en tout individu (quel que soit son sexe, son origine, sa vocation) de toutes les possibilités créatrices qu'il porte en lui.

    Le monde, aujourd'hui, est un.

    Son unité de fait est lourde de menaces.

    Son unité à créer est porteuse d'espérance.

    * * *

    I -- L'unité de fait est lourde de menaces.

    Les plus merveilleuses avancées de la science et de la technique, servent plus souvent à la destruction de l'humain qu'à son épanouissement s'ils ne sont orientés par aucun dessein universel, par aucune réflexion sur le sens de la vie.

    La science et la technique nous donnent en effet des pouvoirs et des moyens illimités, mais ne peuvent nous désigner nos fins dernières.

    Un monde fondé sur une conception quantitative du bonheur qui n'a d'autre but que de produire et de consommer de plus en plus et de plus en plus vite n'importe quoi, au point que les trafics aujourd'hui les plus fructueux sont ceux des armements et de la drogue.

    Dans ce monde où les fortunes s'acquièrent par la spéculation financière plus que par le travail producteur de biens et de services, toutes les dérives conduisent à la jungle, sans autre loi que celle du plus fort, celle de la violence et du chaos.

    La destruction de l'humain, par le monothéisme du marché et l'idolâtrie de l'argent, suscite des réactions de révolte et d'évasion.

    Evasion dans la drogue ou les tranquillisants, dans la déchéance de l'art en divertissement pour oublier le réel et le sens, cultivant la nouveauté pour la nouveauté, fut-elle absurde, ou le spectacle non pour l'éveil mais pour l'hébétude ou la transe.

    Révoltes nées de l'éclatement des cadres anciens de la vie sociale: les familles, les églises et les nations.

    Déchéance de ce qui fut la foi, dans le foisonnement des intégrismes, des superstitions ou des sectes.

    Exaspération des nationalismes archaïques par la mythologie d'entités ethniques conduisant à la désintégration du tissu social en unités de plus en plus petites et non viables.

    Cette dégénérescence des nationalismes politiques et des intégrismes religieux universalise la violence dans un désordre international nouveau qui n'a plus de loi ni de droit, et des vies personnelles que ce désordre tend à priver de sens et d'avenir.

    II- L'unité a créer est porteuse d'espérance

    Que la vie ait un sens ne se démontre pas.

    Qu'elle n'en ait aucun ne se démontre pas non plus.

    Un pari est donc primordial pour arrêter les dérives vers un suicide planétaire.

    Un pari avec ses refus.

    Un pari avec ses projets.

    Les refus d'un ordre ancien dépassé:

    -- La propriété ne peut plus être le droit individuel d'user et d'abuser, qui a conduit à la polarisation de la richesse aux mains de minorités au détriment des multitudes.

    -- La nation ne peut plus être une fin en soi dont la volonté de puissance et de croissance conduit à des guerres et à des affrontements sans fin.

    -- La religion ne peut plus être la prétention de détenir la vérité absolue, qui implique le droit sinon le devoir de l'imposer aux autres, et qui a justifié les inquisitions et les colonialismes.

    Les projets d'un avenir qui n'est pas ce qui sera mais ce que nous ferons.

    La mutation radicale, qui seule peut assurer une nouvelle floraison de l'humanité, et même sa simple survie, exige le passage de l'individualisme, où chacun se considère comme le centre et la mesure de toute chose, à la communauté dont chaque membre se sent responsable du destin de tous les autres (la liberté de l'autre n'est pas la limite de ma propre liberté mais sa condition); du positivisme, fondé sur la croyance superstitieuse selon laquelle la science et la technique peuvent résoudre tous les problèmes, y compris celui du sens de notre vie, et devenant une religion des moyens, à la foi, que les uns appellent foi en Dieu et les autres foi en l'homme, mais qui est toujours foi dans le sens de la vie et de l'unité du monde.

    Du particularisme, privilégiant les intérêts d'un individu, d'un groupe ou d'une nation contre ceux du tout. Aucune action ne peut être créatrice d'un avenir à visage humain si elle n'est pas fondée sur la considération première du tout et ne s'y ordonne.

    La situation du monde, au seuil du troisième millénaire nous impose ce choix:

    -- l'inconscience de l'anarchie d'une guerre de tous contre tous, qui, au niveau actuel de nos pouvoirs, conduit à la mort,

    ou

    -- la conscience de la primauté absolue du tout pour sauver l'espérance, c'est à dire la vie.

     

    Projet de déclaration des devoirs de chaque homme et de tout homme

    1 -- L'humanité est une seule communauté, mais non par l'unité impériale de domination d'un Etat ou d'une culture. Cette unité est au contraire symphonique, c'est à dire riche de la participation de tous les peuples et de leur culture.

    2 -- Tous les devoirs de l'homme et des communautés auxquelles il participe découlent de sa contribution à cette unité: aucun groupement humain, professionnel, national, économique, culturel, religieux, ne peut avoir pour objet la défense d'intérêts ou de privilèges particuliers, mais la promotion de chaque homme et de tout homme, quel que soit son sexe, son origine sociale, ethnique ou religieuse, afin de donner à chacun la possibilité matérielle et spirituelle de déployer tous les pouvoirs créateurs qu'il porte en lui.

    3 -- La propriété, publique ou privée, n'a de légitimité que si elle est fondée sur le travail et concourt au développement de tous. Son titulaire n'en est donc que le gérant responsable.

    Nul intérêt personnel, national, corporatif ou religieux, ne peut avoir pour fin la concurrence, la domination l'exploitation du travail d'un autre ou la perversion de ses loisirs.

    4 -- Le pouvoir, à quelque niveau que ce soit, ne peut être exercé ou retiré que par le mandat de ceux qui s'engagent, par écrit, pour accéder à la citoyenneté, à observer ces devoirs. Les titulaires peuvent en être exclus par leurs pairs s'ils en dérogent.

    Il ne comporte aucun privilège mais seulement des devoirs et des exigences.

    Poursuivant le même but universel il ne peut s'opposer en rival à aucun autre pouvoir.

    5 -- Le savoir ne peut, en aucun domaine, avoir la prétention de détenir la vérité absolue, car cet intégrisme intellectuel engendre nécessairement l'inquisition et le totalitarisme.

    La création étant le propre de l'homme elle ne peut être aliénée ou remplacée par aucune machine, si sophistiquée soit elle, sans déchoir en idolâtrie des moyens ( qui exclurait tout fondement du devoir ).

    6 -- Le but de toute institution publique ne peut être que la Constitution d'une communauté véritable c'est à dire, à l'inverse de l'individualisme, d'une association en laquelle chaque participant a conscience d'être personnellement responsable du destin de tous les autres.

    7 -- La coordination universelle de ses efforts de croissance de l'homme peut seule permettre de résoudre les problèmes de la faim dans le monde et de l'immigration, comme du chômage forcé ou de l'oisiveté parasitaire, et de donner à chaque être humain les moyens d'accomplir ses devoirs et d'exercer les droits que lui confère cette responsabilité.

    Elle exclut donc tout privilège de puissance, qu'il s'agisse de Veto, de pressions militaires ou financières ou d'embargos économiques.

    Il n'appartient qu'à la communauté mondiale -- sans différenciation numérique -- de veiller à l'observance universelle de ces devoirs.

    Une télévision contre la société

    Nulle part cette déclarations des devoirs, avec les serments et les sanctions qu'elle implique n'est plus nécessaire que lorsqu'il s'agit de ce qui est aujourd'hui le cancer mortel des démocraties occidentales: la télévision.

    Nous en traitons au chapitre de la politique car c'est là qu'elle exerce le plus évidemment son pouvoir et ses ravages: ni la famille, ni l'Eglise, ni l'école n'ont aujourd'hui une influence comparable sur les mentalités et les comportements.

    L'on a déjà dit à propos de la démocratie athénienne: tout y dépendait du peuple et le peuple de la parole (de ses sophistes et de ses rhéteurs).

    L'opinion publique, censée aujourd'hui s'exprimer dans des élections (de plus en plus désertées par les abstentions tant leur influence sur la vie est si peu réelle) est dans l'étroite dépendance de la télévision, qu'elle soit un organe de l'Etat et du gouvernement, ou des chaînes privées aux mains de grandes entreprises, ou qu'elle s'impose internationalement par le monopole mondial de la désinformation comme la CNN américaine.

    Leur caractère commun est d'être soumises aux lois du marché et à ce monothéisme du marché dont l'orthodoxie est rigoureusement contrôlée par les Etats-Unis.

    L'information (langage ou image) est une marchandise, soumise comme telle aux exigences de la concurrence et de la compétitivité, où l'argent exerce une censure plus implacable encore que les régimes les plus totalitaires.

    Elle dicte les programmes en fonction de l'audimat qui, sous prétexte que le consommateur aime çà, privilégie le sensationnel, la violence, le sexe ou la nouveauté à tout prix (la course au scoop excluant toute analyse, toute réflexion critique, toute culture et toute compréhension du fait pour être le premier à livrer la pâture.)

    Le sensationnel est primordial.

    Qu'est-ce qu'un fait journalistique? Ce n'est pas ce qui vous aide à prendre conscience des tendances lourdes de la société, à vous situer en elle et à vous suggérer votre responsabilité dans ses inflexions. C'est ce qui fait vendre lorsqu'il s'agit de la presse écrite ou augmente l'audimat de la chaîne télévisée (et par conséquent le volume et le tarif de publicité qui en découlent).

    Si vous aimez votre femme, cela n'intéresse personne. Si vous la tuez, c'est déjà un fait divers qui vous vaudra un entrefilet dans le journal ou 27 secondes au journal télévisé. Si vous la coupez en morceaux, cela vaut une colonne ou trois minutes d'émission. Si vous la mangez (comme le fit récemment un Japonais) c'est la gloire.

    L'exploitation commerciale de ce sadisme n'a point de bornes: depuis la projection en direct de l'agonie d'une petite fille dans un marécage, jusqu'à la présentation journalistique de l'exécution d'une femme condamnée à mort et achevée quatorze ans après son crime, en y ajoutant l'image de l'hilarité sadique de ceux qui apprennent la nouvelle et la fêtent dans un bistrot à grandes lampées de whisky.

    La violence aussi paye bien: le déferlement des thrillers américains en témoigne. Et, comme les MacDonalds, elle fascine tout particulièrement les enfants qui y trouvent même, outre l'agressivité croissante et la délinquance juvénile, des modèles de technique du meurtre dont il arrive de plus en plus souvent, et pour de plus en plus de jeunes, de s'inspirer.

    Pour les adultes l'image menteuse ou l'interview truqué ont une conséquence plus meurtrière encore: lorsqu'à Timisoara on tire de la morgue les cadavres d'une mère et d'un enfant (morts à des moments différents) et que le montage est réussi, l'on fait croire à un massacre sauvage qui conditionne l'opinion pour la modeler selon les besoins politiques du moment.

    Lorsqu'à la télévision américaine un témoin oculaire raconte comment des soldats irakiens ont tiré des nouveaux-nés de leurs couveuses et les ont fracassés sur le sol, le président Bush invoque ce témoignage pour faire accepter à l'opinion le massacre d'un peuple aussi barbare, et, plusieurs années plus tard, l'assassinat par l'embargo d'un enfant toutes les six minutes.

    Et puis, l'oeuvre accomplie, il est révélé que le témoin oculaire était la fille de l'ambassadeur du Koweït qui n'avait pas mis les pieds dans son pays au moment où s'y trouvaient les troupes irakiennes.

    C'est là l'un des chefs-d'oeuvre de l'efficacité de l'image, non seulement marchandise mais arme de guerre.

    Le dressage et la banalisation de la violence commence tôt. Les statistiques américaines estiment qu'un enfant de six à quinze ans dépense environ quarante heures par semaine à regarder la télé ou à manipuler des jeux vidéos (où l'on peut par exemple se prendre pour un champion sportif en tripotant des boutons sans effort pour réaliser une performance.)

    A tous les niveaux, la télévision cultive la passivité et s'oriente vers le nivellement par le bas, sous prétexte que le public veut çà, n'ayant en effet le choix qu'entre les productions de ces directeurs de conscience inconscients, des sous-hommes promus vedettes des spectacles de variétés et des programmateurs de films.

    Une anticulture, fabriquée à Hollywood par les élites monétaires du monde, est relayée, de Dakar à Paris ou à Taipeh, par les cinémas, les télévisions, les cassettes vidéo.

    La fréquentation des cinémas, l'audience des films, les relevés de prêts des vidéothèques, les taux d'écoute des télévisions l'attestent: l'écrasante majorité des images de la vie diffusées dans le monde tend à banaliser la violence et l'épouvante, et ce sont les thrillers; à exalter le mythe du plus fort et de l'invincible, de Tarzan à James Bond; le racisme, et ce sont les westerns; l'ordre et la loi, et ce sont les polars.

    Culte des idoles et idolâtrie de leurs plus fausses vies, avec tous les ersatz de la drogue et du décibel.

    Tel est le résultat de l'entrée de la télévision dans la logique du marché et de sa liturgie publicitaire.

    M. Hersant, énonçait clairement la loi dominante: "Je dis qu'un film est bon ou qu'un programme est bon lorsqu'il fournit un bon support aux messages publicitaires."

    Ainsi s'instaure la dictature de l'audimat, mesurant le nombre de téléspectateurs d'une émission. L'audimat conditionne à la fois les prix de la publicité et les crédits accordés aux programmes. L'un des producteurs d'émissions de variétés à TFI, M. Albert Ensalem, déclare à Télérama: "Plus on est au ras des pâquerettes, plus on fait de l'audience; c'est comme ça. Est-ce qu'on doit faire intelligent contre les téléspectateurs? Eux ils n'ont pas à réfléchir. Alors arrêtons de jouer aux donneurs de leçons."

    Il y a là une incitation permanente et décisive au racolage, à la démagogie, à la veulerie courtisane à l'égard d'une opinion publique manipulée par la publicité, les médias, la télévision elle-même qui, ainsi, ne raconte pas l'histoire, elle la fait. Dans le sens de l'abandon, de l'aveuglement du marché et de la désintégration de tout esprit critique et de tout esprit de responsabilité. Depuis les sondages faits non pour refléter l'opinion mais pour la manipuler, la suffocante ineptie des jeux télévisés et des loteries, faisant miroiter les chances de l'argent facile, jusqu'à des informations qui n'en sont pas, où l'on nous soumet à la contemplation hébétée des catastrophes du monde. Tout tend, par opportunisme commercial, à infantiliser l'opinion, sans rien, (sauf à dose homéopathique et après onze heures du soir) qui puisse nous aider à comprendre les événements de cette fin du deuxième millénaire, ou, au moins, nous montrer le spectacle d'une vie proprement humaine.

    L'argument selon lequel le public ne veut pas autre chose est une imposture: on ne lui laisse en effet choisir, dans les sondages, qu'entre le détestable et le pire.

    Gérard Philippe jouait le Cid devant un public de quinze mille spectateurs enthousiastes, et Jean Vilar faisait salle comble au palais de Chaillot comme dans des théâtres de banlieue en jouant aussi bien des tragiques grecs que des pièces de Bertold Brecht.

    Ce n'est donc pas le public qui est coupable, mais ceux qui le décivilisent.

    Il y a là une forme de pollution des esprits, plus dangereuse que tout autre atteinte à la santé de l'environnement naturel ou spirituel.

    C'est pourquoi, dans l'esprit de la Déclaration des devoirs, le prétendu libéralisme ne doit pas laisser le droit de tuer l'esprit comme les corps, à de prétendus journalistes vedettes qui n'ont même pas conscience des finalités et des responsabilités éducatrices de leur mission.

    Il est paradoxal qu'on exige des médecins, après leurs études professionnelles pour soigner les corps, un serment d'Hippocrate, et qu'à ceux qui, chaque jour, devraient avoir pour mission d'apprendre à des millions d'auditeurs ou de lecteurs à se poser des questions sur le train du monde et sur leur responsabilité personnelle, critique, dans la préparation du futur, on ne demande rien de semblable. Recrutés soit à partir d'écoles de journalisme plus enclines à enseigner des techniques d'efficacité que des réflexions sur les finalités, ou, pire encore, à partir de ratés des autres professions: faire un critique d'art ou de musique, de celui qui n'a pu devenir un créateur en peinture ou en musique, et qui n'en possède que des rudiments culturels propres à encenser les modes du jour ou les calculs des marchands, il ne leur est demandé aucune garantie de responsabilité.

    Pourquoi pas, comme au terme des études médicales, un serment d'Hippocrate, ne pas exiger, après leur avoir enseigné au moins des rudiments de culture et une interrogation véritable sur les finalités humaines de leur métier, un serment d'Hermès sur la déontologie du porteur de messages?

    Cela ne suffirait pas, mais déjà attirerait l'attention sur l'un des problèmes majeurs de notre temps. Ce n'est pas seulement une école qui peut suffire à ce redressement.

    Tous les membres de la société civile, doivent être associés au contrôle de la programmation et de la gestion de la télévision telles que des associations d'auditeurs et participants des organes fondamentaux de la société: syndicats ouvriers ou agricoles, universités, groupements culturels d'artistes ou de membres des professions libérales ou artisanales. Il s'agit d'obtenir le contrôle de tout un peuple et non pas de subir les dictatures ou les censures de tel ou tel parti, de telle entreprise de communication à finalité commerciale, de tels groupements de publicité qui financent et télécommandent les programmations.

    Là comme ailleurs il ne s'agit pas de réformes mais de mutation car en ce domaine comme en tout autre, de l'économie à la politique et à l'éducation, la pire utopie c'est le statu quo.


    3 -- Par une mutation
    de l'éducation



    Comment créer une éducation à visage humain?

    L'homme est l'animal qui crée des outils et des tombes.

    Depuis Darwin des savants ont recherché les " chaînons manquants " permettant de passer de l'anatomie des singes à celles des hommes. Peu à peu, du pithécanthrope, découvert à Java par Dubois en 1890, aux découvertes de Leakey en 1959 à Oldoway (en Afrique orientale) et à ses successeurs, ces chaînons se sont multipliés, mais même s'il existe encore des découvertes anatomiques, d'autres paléontologues, pour combler ces lacunes, le problème n'est pas seulement celui de la similitude des structures: l'on est assuré de la naissance de l'homme lorsqu'à proximité de tels ossements préhistoriques l'on trouve des outils et des tombes.

    C'est là que se situe la naissance de l'homme.

    Marx a marqué la différence fondamentale entre l'évolution biologique et l'histoire humaine: les animaux ont subi l'une en perpétuant les instincts, les hommes ont fait l'autre en transformant l'outillage et l'environnement.

    Sans doute le singe peut casser une branche ou ramasser un caillou pour assurer par exemple sa défense, mais il les rejette, le danger passé. L'homme, taillant un bâton ou un silex le conserve comme un moyen pour accomplir une multiplicité ultérieure d'actions. Ce détour est la première abstraction de l'acte de combattre, de tailler ou de construire.

    La tombe est un autre témoin: la dépouille d'un homme n'est pas abandonnée dans la nature pour y être dévorée par d'autres espèces animales, ou pourrir. Le fait de creuser la terre et de recouvrir le cadavre, ou d'arranger des pierres pour le protéger, parfois même de l'ensevelir avec ses armes ou même des ustensiles et des aliments, est la première affirmation que la mort n'est pas seulement la fin de la vie biologique, mais plutôt le passage à une autre forme d'existence. Celui qui a organisé cette première célébration d'un au delà de la vie animale a au moins posé une question sur l'avenir, fût-il mystérieux.

    Le mythe apportera une réponse à ce dépassement. Il est la naissance du sens au delà du fait. L'ébauche d'une transcendance, d'un franchissement de la réalité simplement perçue et subie, pour en expliquer l'origine ou pour en dessiner les fins.

    Tel est l'homme. Déjà trop grand pour se suffire à lui-même, et projetant en des héros qui le dépassent, le chemin de ses futures grandeurs: Prométhée inventant le feu et les arts, ou, pour les chinois, le légendaire empereur Yu le Grand qui maîtrisait les torrents et créait l'ordre dans la répartition des eaux.

    Ces mythes ne sont pas des ancêtres mineurs du concept, ils contribuent à le dépasser, ne se contentant pas, comme le concept, de découper le réel, mais anticipant le futur.

    http://alainindependant.canalblog.com/archives/2007/09/30/6373348.html


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